| Eco de la semaine : L’alarme et l’alarmisme |
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L’International crisis group a publié le 24 juin son deuxième communiqué en un mois sur le Cameroun. Depuis le début de cette année 2010, ce groupe, qui se déclare au service de la prévention des conflits, a commis 17 communiqués ; le pays de Paul Biya est le seul qui fait deux fois l’objet de préoccupation de l’Ong internationale créée en 1995 et basée à Bruxelles. Peut-être a-t-elle eu l’impression de n’avoir pas été bien comprise dans son communiqué du 25 mai 2010 intitulé « Cameroun : Etat fragile ? ». Que dit l’International crisis group ?
Il affirme que « les institutions du Cameroun sont faibles ; de multiples risques de conflit existent. » Et que le risque le plus élevé est celui de la transition politique, celle qui interviendrait après l’actuel chef de l’Etat. Les relais sociaux d’amplification de ce « péril » ont fonctionné, comme de bien entendu. Mais quelle est la nouveauté de la démarche de l’ICG ? A la vérité aucune, le gouvernement du Cameroun est le premier conscient de toutes les menaces, hypothèques et risques qui pèsent sur son avenir immédiat et lointain.Lisons ce qui est écrit dans la Vision stratégique de développement du Cameroun horizon 2035, document que le Cameroun a adopté en février 2009. « Le risque d’une instabilité de nature à remettre en cause la continuité des institutions républicaines au cours du processus de transition politique existe. Il pourrait constituer un point critique pour le processus démocratique et pour le développement », peut-on y lire. Les détails de cette mise en garde du gouvernement sont plus édifiants encore sur l’environnement politique et socioéconomique du Cameroun et la conscience que le pouvoir a des enjeux actuels et futurs. Sa mission de prévention des conflits est ici justifiée, même s’il est établi que nul n’est besoin d’elle pour savoir quelle est la direction du vent et dans quelle eau navigue le bateau Cameroun. A ce titre, la fréquence et le nombre des communiqués, traduction de l’instance de l’ICG à indexer et à présenter le Cameroun comme un volcan éruptif, est un excès. Une fois c’est un signal d’alarme, deux fois c’est de l’alarmisme. Et deux fois en un mois c’est suspect. Le rôle d’interpellation qui fonde même l’existence de l’ICG est ici outrepassé, pour s’inscrire dans celui du catastrophisme, de la divination pessimiste. D’autres pays africains, comme la Cote d’Ivoire, le Congo, le Burundi, Madagascar, sont des déclencheurs d’alarme de cette Ong et depuis bien d’années déjà. Le Cameroun est à ses premiers pas, mais à ce rythme, il les aura dépassés tous dans deux ans. Quel lien tout ceci a avec l’économie ? Le Cameroun est engagé dans un programme d’investissement de dix ans, qui est chiffré à près de 6 000 milliards de francs CFA et plusieurs projets sont suspendus aux fonds attendus d’investisseurs étrangers. Les bailleurs de fonds au projet Lom Pangar ont confirmé leurs promesses de financement, de même que ceux du port en eau profonde de Kribi et du deuxième pont sur le Wouri, mais rien n’est fait, tout peut être défait. L’autoroute Yaoundé-Douala, le barrage de Memve’ele, le chemin de fer, les projets d’exploitation des minerais… sont en attente, avec de belles promesses. Les besoins de financement sont tels que le gouvernement doit présenter de solides garanties, dont la première est la stabilité du pays.Le chant catastrophisme entonné autour de l’avenir du pays, loin de l’aider, apeure. La trompette du péril embouchée par l’ICG développe un risque de perturbation des desseins économiques du Cameroun. Voilà un péril sur lequel cette Ong devrait aussi plancher dans son prochain communiqué.
Par Jean Afana |
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