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C’est un véritable désastre qui s’abat actuellement sur la planète finance. Telle une avalanche, et de manière presque continue et irréversible, les piliers du capitalisme et les dogmes du néolibéralisme, s’effondrent à une vitesse dont les plus avisés des économistes ne pourraient prévoir la fin. L’infaillibilité de ces dogmes, psalmodiée par les adeptes du système,
se révèle aujourd’hui battue en brèche par une réalité autrement
plus cruelle que l’on ne l’aurait imaginé, dévoilant au monde toute son
horreur.
Devant le fracas des banques vides, les faillites tout
aussi rocambolesques qu’imprévisibles, et l’intervention presque en
urgence des Etats, la catastrophe semble conforter tous ceux qui, loin
du matraquage et du formatage des consciences, ont pensé qu’une autre
finance serait souhaitable.
Comment et pourquoi ? Parce qu’aussi
bien au Nord qu’au Sud, l’inconséquence des uns accroît et amplifie le
malheur des autres. Au nord le crépuscule des financiers, qu’on voyait
venir depuis les crises asiatiques de 1997, a fatalement débouché sur
une série de banqueroutes. La crise des subprimes est simplement venu
ouvrir un pan d’une structure délabrée où une finance folle
s’autodétruit, en entraînant dans son sillage des conséquences
multiples pour peu que l’on soit au Nord ou habitant le Sud.
A chacun sa crise
Pourtant,
l’onde de choc ne pourra pas être ressentie de la même manière et ne
générera pas les mêmes conséquences. Tandis qu’au Nord, pour la crise
financière, toutes les banques centrales du monde occidental se sont
accordées pour injecter des liquidités dans le système financier et
éviter ainsi une crise trop grave, au Sud et particulièrement en
Afrique, il faudra un peu plus pour changer la donne. Il faut donc
revoir les politiques globales et réorienter les priorités nationales.
Car la crise ici n’est pas uniquement financière. Selon la Cnuced, à
cause des lacunes structurelles des structures africaines de
production, l’instabilité des économies s’en trouve multipliée car les
cours sur le marché mondial peuvent varier brutalement : « Pour
l’Afrique plus que pour aucune autre région en développement, le fait
de dépendre très largement des produits de base pour ses recettes
d’exportation signifie que le continent demeure vulnérable aux aléas du
marché et aux conditions météorologiques. L’instabilité des prix,
principalement due à des variations brutales de la production et de
l’offre, la baisse séculaire des prix réels des produits de base et son
corollaire, la dégradation des termes de l’échange, ont été lourds de
conséquences en termes de manque à gagner, d’endettement,
d’investissement, de pauvreté et de développement. » Les risques sont
encore plus grands avec la spéculation financière qui s’est récemment
déchaînée sur les marchés des matières premières : en effet, « en deux
ans, le poids des fonds communs de placement américains qui
investissent sur les index des matières premières a été multiplié par
vingt », soutiennent les experts des Nations Unies.
Le plus grave à
notre avis, n’est-ce pas ces différentes réponses à apporter à une
crise globale qui menace les fondements de l’économie mondiale ? Si en
Occident la crise financière est déjà sous contrôle et devrait être
purgée en fin d’année selon l’avis des experts, en Afrique par contre,
les investissements agricoles nécessaires mettront sans doute quatre ou
cinq ans avant de voir leurs premiers effets. Autrement dit, à un
moment où personne ne peut prédire quels seront les prix sur les
marchés mondiaux. Et comme, en plus, ces investissements doivent se
faire dans des pays instables et dont les politiques sont souvent
corrompus, il est - hélas - évident que le salut ne viendra pas des
investisseurs occidentaux. Et c’est ici que les politiques erronées
initiées par les institutions de Bretton Woods trouvent leurs limites.
Même si pour la crise actuelle et pour ce qui concerne spécialement
l’Afrique, la Banque mondiale et le Fmi sont entrain d’étudier la
stratégie appropriée pour débloquer des fonds d’urgence, on n’oubliera
pas si vite que c’est cette même Banque mondiale et le Fmi qui sont en
partie à l’origine des émeutes de la faim de ces derniers mois. Comment
? Tout simplement parce que les dirigeants de ces institutions disaient
aux pays africains qu’ils s’alimenteraient nettement moins cher sur les
marchés occidentaux qu’en produisant eux-mêmes. Et la Banque mondiale a
joint le geste à la parole, puisqu’elle a refusé de financer des
projets de développement agricole.
Sur le plan macro-économique,
les recettes imposées par le Fmi ont produit un ralentissement de la
croissance et multiplié partout des poches de pauvreté. La tendance
actuelle à la baisse des flux financiers a été accentuée par les
programmes d’ajustement structurel, qui ont accru la vulnérabilité
économique, notamment en démantelant les systèmes de protection de
l’économie locale et de régulation des cours. Selon la Cnuced, dans son
rapport de juin 2008 : « Le libre-jeu des forces du marché associé à la
libéralisation et à la déréglementation des prix a été promu en tant
que mécanisme garantissant la répartition la plus efficace des
ressources et des gains socioéconomiques. Le concept de stabilisation
internationale des prix des produits de base a ainsi été sévèrement
battu en brèche.
Le cyclone (ou tsunami, c’est selon) actuel qui
balaie les principales places boursières du monde ainsi que la grave
crise financière qui en résulte, par leur ampleur et leur durée,
montre bien les limites du tout marché sur lequel le néolibéralisme a
fondé son existence et ses croyances. Le marché et partant la finance,
ne peuvent pas, par essence, devenir autocorrecteurs, autorégulateurs,
distribuant magnanimement la richesse et les ressources du monde et
servant généreusement l’intérêt général. Le « consensus de Washington »
fondé sur la croyance quasi christique aux bienfaits des
privatisations, à la libéralisation économique et à de banques
centrales indépendantes uniquement préoccupées par l’inflation, fait
place aujourd’hui au retour de l’Etat, seul garant de l’intérêt
général. Il faut donc repenser d’autres modes de gestion, revenir sur
la rationalité humaine en lieu et place de la rationalité marchande.
Mais
faut-il s’étonner de ces échecs ? Dans un monde où les vaches sont
devenues folles, pourquoi les finances, à leur tour,
n’attraperaient-elles pas la folie, surtout lorsqu’elles sont parées du
sceau divin et protecteur de la liberté ? Là est toute l’énigme.
Benjamin L. LIPAWING |