05-09-2010
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Crise financière : Sauver l'humain à la place de la Finance Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

C’est un véritable désastre qui s’abat actuellement sur la planète finance. Telle une avalanche, et de manière presque continue et irréversible, les piliers du capitalisme et les dogmes du néolibéralisme, s’effondrent à une vitesse  dont les plus avisés des économistes ne pourraient prévoir la fin. L’infaillibilité de ces dogmes, psalmodiée par les adeptes du système,

se révèle aujourd’hui battue en brèche par une réalité autrement plus cruelle que l’on ne l’aurait imaginé, dévoilant au monde toute son horreur.
Devant le fracas des banques vides, les faillites tout aussi rocambolesques qu’imprévisibles, et l’intervention presque en urgence des Etats, la catastrophe semble conforter tous ceux qui, loin du matraquage et du formatage des consciences, ont pensé qu’une autre finance serait souhaitable.
Comment et pourquoi ? Parce qu’aussi bien au Nord qu’au Sud, l’inconséquence des uns accroît et amplifie le malheur des autres. Au nord le crépuscule des financiers, qu’on voyait venir depuis les crises asiatiques de 1997, a fatalement débouché sur une série de banqueroutes. La crise des subprimes est simplement venu ouvrir un pan d’une structure délabrée où une finance folle s’autodétruit, en entraînant dans son sillage des conséquences multiples pour peu que l’on soit au Nord ou habitant le Sud.

A chacun sa crise

Pourtant, l’onde de choc ne pourra pas être ressentie de la même manière et  ne générera pas les mêmes conséquences. Tandis qu’au Nord, pour la crise financière, toutes les banques centrales du monde occidental se sont accordées pour injecter des liquidités dans le système financier et éviter ainsi une crise trop grave, au Sud et particulièrement en Afrique, il faudra un peu plus pour changer la donne. Il faut donc revoir les politiques globales et réorienter les priorités nationales.  Car la crise ici n’est pas uniquement financière. Selon la Cnuced, à cause des lacunes structurelles des structures africaines de production, l’instabilité des économies s’en trouve multipliée car les cours sur le marché mondial peuvent varier brutalement : « Pour l’Afrique plus que pour aucune autre région en développement, le fait de dépendre très largement des produits de base pour ses recettes d’exportation signifie que le continent demeure vulnérable aux aléas du marché et aux conditions météorologiques. L’instabilité des prix, principalement due à des variations brutales de la production et de l’offre, la baisse séculaire des prix réels des produits de base et son corollaire, la dégradation des termes de l’échange, ont été lourds de conséquences en termes de manque à gagner, d’endettement, d’investissement, de pauvreté et de développement. » Les risques sont encore plus grands avec la spéculation financière qui s’est récemment déchaînée sur les marchés des matières premières : en effet, « en deux ans, le poids des fonds communs de placement américains qui investissent sur les index des matières premières a été multiplié par vingt », soutiennent les experts des Nations Unies.
Le plus grave à notre avis, n’est-ce pas ces différentes réponses à apporter à une crise globale qui menace les fondements de l’économie mondiale ? Si en Occident la crise financière est déjà sous contrôle et devrait être purgée en fin d’année selon l’avis des experts, en Afrique par contre, les investissements agricoles nécessaires mettront sans doute quatre ou cinq ans avant de voir leurs premiers effets. Autrement dit, à un moment où personne ne peut prédire quels seront les prix sur les marchés mondiaux. Et comme, en plus, ces investissements doivent se faire dans des pays instables et dont les politiques sont souvent corrompus, il est - hélas - évident que le salut ne viendra pas des investisseurs occidentaux. Et c’est ici que les politiques erronées initiées par les institutions de Bretton Woods trouvent leurs limites. Même si pour la crise actuelle et pour ce qui concerne spécialement l’Afrique, la Banque mondiale et le Fmi sont entrain d’étudier la stratégie appropriée pour débloquer des fonds d’urgence, on n’oubliera pas si vite que  c’est cette même Banque mondiale et le Fmi qui sont en partie à l’origine des émeutes de la faim de ces derniers mois. Comment ? Tout simplement parce que les dirigeants de ces institutions disaient aux pays africains qu’ils s’alimenteraient nettement moins cher sur les marchés occidentaux qu’en produisant eux-mêmes. Et la Banque mondiale a joint le geste à la parole, puisqu’elle a refusé de financer des projets de développement agricole.
Sur le plan macro-économique, les recettes imposées par le Fmi ont produit un ralentissement de la croissance et multiplié partout des poches de pauvreté.  La tendance actuelle à la baisse des flux financiers a été accentuée par les programmes d’ajustement structurel, qui ont accru la vulnérabilité économique, notamment en démantelant les systèmes de protection de l’économie locale et de régulation des cours. Selon la Cnuced, dans son rapport de juin 2008 : « Le libre-jeu des forces du marché associé à la libéralisation et à la déréglementation des prix a été promu en tant que mécanisme garantissant la répartition la plus efficace des ressources et des gains socioéconomiques. Le concept de stabilisation internationale des prix des produits de base a ainsi été sévèrement battu en brèche.
Le cyclone (ou tsunami, c’est selon)  actuel qui balaie les principales places boursières du monde ainsi que la grave crise financière qui en résulte, par leur ampleur et leur durée,  montre bien les limites du tout marché sur lequel le néolibéralisme a fondé son existence et ses croyances. Le marché et partant la finance, ne peuvent pas, par essence, devenir autocorrecteurs, autorégulateurs, distribuant magnanimement la richesse et les ressources du monde et servant généreusement l’intérêt général. Le « consensus de Washington » fondé sur la croyance quasi christique aux bienfaits des privatisations, à la libéralisation économique et à de banques centrales indépendantes uniquement préoccupées par l’inflation, fait place aujourd’hui au retour de l’Etat, seul garant de l’intérêt général. Il faut donc repenser d’autres modes de gestion, revenir sur la rationalité humaine en lieu et place de la rationalité marchande.
Mais faut-il s’étonner de ces échecs ? Dans un monde où les vaches sont devenues folles, pourquoi les finances, à leur tour, n’attraperaient-elles pas la folie, surtout lorsqu’elles sont parées du sceau divin et protecteur de la liberté ? Là est toute l’énigme.


Benjamin L. LIPAWING
 
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