Avec plus de 80 dossiers de candidature déposés à ELECAM, le Cameroun enregistre un record inédit. Un phénomène qui, s’il traduit une certaine effervescence démocratique, interroge aussi sur le sens de la responsabilité politique.
Le rideau est tombé sur la phase de dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle du 12 octobre prochain. À la surprise générale, plus de 80 dossiers ont été enregistrés par Elections Cameroon (ELECAM), un chiffre jamais atteint depuis l’instauration du multipartisme. Cette situation suscite un double regard : d’un côté, celui de l’enthousiasme démocratique et de la participation citoyenne ; de l’autre, celui de l’exigence de sérieux et de crédibilité dans la course à la magistrature suprême.
Cette flambée de candidatures peut, à première vue, être perçue comme un indicateur du dynamisme politique, favorisé par un cadre institutionnel renforcé. Sous l’impulsion du Président Paul Biya, le Cameroun a en effet mis en place les conditions d’une participation politique élargie, avec des institutions stables, un environnement apaisé et un respect accru des libertés publiques. La réforme de l’organe en charge des élections, ELECAM, depuis 2006, a aussi contribué à installer un climat de confiance propice à l’expression politique.
Mais au-delà de l’élan démocratique que certains y voient, la multiplication des candidatures interroge sur le niveau d’engagement réel et la crédibilité des prétendants. Dans les rangs de l’opinion, beaucoup s’inquiètent d’une possible dévalorisation du scrutin présidentiel, transformé, selon certains observateurs, en véritable théâtre politique où se mêlent convictions sincères et ambitions farfelues. Des voix critiques s’élèvent pour dénoncer une certaine légèreté dans l’abord d’un rendez-vous aussi solennel pour la République.
ELECAM, en tant qu’organe régulateur, a désormais la lourde tâche de filtrer ces candidatures en s’appuyant sur les critères rigoureux établis par la loi. Ce processus permettra, comme l’espère une partie de la classe politique, de recentrer le débat autour des propositions sérieuses et des projets crédibles. Le Conseil Constitutionnel jouera également un rôle décisif dans cette opération de clarification.
Dans ce contexte, il serait injuste de ne retenir que les aspects caricaturaux ou anecdotiques. Car cette phase, aussi foisonnante soit-elle, s’inscrit dans une dynamique politique encadrée par un leadership présidentiel fort, celui du Président Paul Biya, artisan d’un équilibre républicain qui autorise l’expression plurielle tout en maintenant la cohésion nationale. Ce cadre institutionnel offre à chacun la possibilité de s’exprimer, mais impose aussi à tous la responsabilité de respecter les exigences de la fonction présidentielle.
L’élection présidentielle de 2025 apparaît donc comme une épreuve de vérité pour le modèle démocratique camerounais : tester sa capacité à accueillir la diversité des ambitions sans sombrer dans la confusion, et démontrer que l’ouverture politique, lorsqu’elle est bien régulée, peut être compatible avec le sérieux de l’exercice républicain.
Simon Pagbe

