Site Web Officiel du Journal L'Action
L'Editorial

Les roitelets de la République

Il était temps de siffler la fin de la récréation. Vendredi dernier au cours d’un point de presse, le Ministre de l’Administration territoriale a donc mis en garde les auteurs d’actes de violence contre les éléments de nos forces de défense et de sécurité. Il ne se passait plus de jour sans que les réseaux sociaux ne relaient les images choquantes d’un homme ou d’une femme en tenue victime d’une agression verbale ou physique de la part d’un civil. À force de se répéter, le phénomène avait tendance à se banaliser; suscitant tout au plus de l’amusement, des moqueries, des commentaires ironiques et dans une moindre mesure l’indignation et la réprobation des citoyens. À travers sa sortie effectuée en compagnie du Délégué Général à la Sûreté nationale, le « shérif » ATANGA NJI lance à la fois un ultimatum et un rappel à l’ordre à tous ceux et celles qui pensent pouvoir brutaliser impunément les hommes en tenue ou pis, s’essuyer les pieds sur leur uniforme comme sur de vulgaires serpillières. S’attaquer aux hommes et femmes en tenue c’est s’attaquer à la Loi et à la République. Que les auteurs de ces actes de provocation envers ces institutions se le tiennent pour dit!
En vérité, l’avertissement ne devrait pas seulement s’adresser à ceux qui exercent des voies de fait et autres violences sur les hommes en tenue. Il y a de plus en plus de roitelets dans notre République qui pensent que le respect de la loi est facultatif et non obligatoire. Et ils sont partout. Dans les rues et sur les routes où chacun entend appliquer le Code de la route à sa manière et selon ses intérêts ou ses priorités sans tenir compte des autres usagers. Observez comment les automobilistes se comportent sur nos routes! Peu importe le gabarit du véhicule! Une fois installé derrière son volant, chacun croit être le maître ou le roi tout puissant de la circulation. Que le policier ou le gendarme ne vienne surtout pas lui rappeler les règles et les obligations du code de la route. L’altercation ne tardera pas et la bagarre, de rue forcément, suivra si les esprits ne se calment pas. Les motocyclistes ne sont pas en reste dans cette jungle. Ils défient les poids lourds et les petits véhicules au risque de finir écrabouillés sous leurs roues.
Les roitelets règnent également dans les couloirs et les bureaux de nos administrations qu’ils ont transformés en chasse gardée. Sinon comment comprendre certains actes posés et moult décisions prises parfois au mépris de l’intérêt général? L’autorité de l’Etat? Un simple slogan pour eux puisqu’ils peuvent la piétiner à leur guise. Un exemple parmi tant d’autres: l’Etat accorde, on ne sait trop comment et dans quelles conditions, un mandat à un liquidateur pour sauvegarder ses intérêts au terme de la liquidation ou de la privatisation d’une entreprise. Le mandat s’éternise, le mandataire règne sans contrôle et se met à brader les biens qu’il était censé protéger. Il est devenu un roitelet incontrôlable et tout puissant.
Les roitelets sont aussi dans nos partis politiques; ce sont ces dirigeants qui refusent de respecter le verdict des urnes au terme d’un scrutin ou refusent obstinément de passer la main après avoir perdu la confiance des militants. Ils y ont fait des émules. Le résultat ce sont ces autocrates qui veulent gérer les organes des partis comme leur cuisine. Ils désignent et démettent les responsables au gré de leurs humeurs, ne tiennent aucune réunion, s’accaparent de tous les postes surtout financiers et se plaignent lorsque les résultats ne suivent pas. Naturellement ils ont déjà des boucs émissaires tout désignés en s’exonérant eux-mêmes de toute responsabilité puisqu’ils sont incapables de la moindre autocritique.
Faut-il encore citer parmi ces roitelets autoproclamés toutes ces « Majestés » et leurs notables qui trônent dans nos villages, groupements, cantons et même quartiers? L’appellation semble aujourd’hui quelque peu galvaudée et même vulgaire parce que le nombre de personnes qui revendiquent ce titre au mètre carré est inversement proportionnel à leur mérite et à leur légitimité. Inutile de commettre un crime de lèse-majesté pour autant. Les Camerounais adorent les titres, surtout les plus ronflants. Et on n’y peut rien. Il est difficile de changer un comportement qui tend à devenir votre seconde nature.
Comment terminer cette « revue » sans mentionner ces dauphins autoproclamés qui se prennent eux aussi pour des roitelets? Et se voient déjà calife à la place du calife? Il suffit de leur rappeler que le destin naturel d’un dauphin est soit d’être dévoré par un requin, soit de s’échouer sur une plage.

Par Christophe Mien Zok

Articles liés