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L'Editorial

“Demandez la grâce; et vous l’obtiendrez”

Le Cameroun étant un État laïc, les scrupules républicains nous conduisent à éviter de recourir aux références religieuses pour éviter des accusations de prosélytisme ou de parti pris en faveur de telle ou telle confession. Mais lorsque les circonstances l’exigent et que la meilleure illustration d’une situation se trouve dans des textes sacrés, l’obligation d’y recourir s’impose d’elle-même en dépit des réserves des zélotes et des puristes. Dans la Bible, l’évangile de Saint Luc au chapitre 17, versets 11 à 19 nous parle de la parabole des dix lépreux.
« Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent: « Jésus, Maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit: « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés. Sur les dix, un seul rebroussa chemin pour aller exprimer sa reconnaissance à Jésus. Les neuf autres s’en allèrent, inconscients de leur ingratitude.
Le 9 septembre 2020, Paul BIYA, Président national du RDPC signait une décision portant approbation et rendant exécutoires les conclusions de la Commission de Discipline ad hoc instituée en 2013 et qui avait été réactivée le 16 mars 2020. Au terme de cette décision, de nombreux militants avaient écopé de sanctions allant de l’exclusion définitive à l’avertissement. Sur les 89 militants qui avaient comparu par devant la Commission MUSONGE, 11 avaient été mis hors de cause et 78 avaient écopé d’une sanction. Sur ces 78 militants sanctionnés, 23, à l’instar de l’unique lépreux de la parabole ci-dessus évoquée, ont saisi le Président national pour solliciter sa grâce à travers des demandes individuelles. Pour rester dans la Bible, Mathieu, 7-7, les 23 ont frappé à la porte et Paul BIYA la leur a ouverte; ils ont demandé la grâce et il la leur a accordée.
Car, fidèle à sa réputation de père bienveillant, indulgent et plein de sollicitude, Paul Biya a donc signé le 24 juin dernier une décision accordant la grâce à ces militants. Rappelons qu’en 2018 deux militants du Moungo exclus définitivement du Parti en 2014 avaient déjà été réhabilités par le même Président national. Personne n’avait alors évoqué un quelconque désaveu du Secrétaire général. C’est la preuve supplémentaire que les options de rassemblement et de tolérance proclamées par le RDPC ne sont pas de simples slogans. Tant pis pour les esprits mal intentionnés qui veulent maintenant présenter cet acte de clémence du Président national comme un désaveu du Secrétaire général. C’est le Président national qui a signé la décision portant approbation et rendant exécutoires les conclusions de la Commission de discipline ad hoc. C’est encore lui qui signe l’acte qui accorde la grâce à ceux des militants repentis qui l’ont sollicitée. Cette polémique est donc aussi stupide que stérile.
Le vrai débat serait celui de savoir si une telle décision n’est pas de nature à encourager l’indiscipline dans les rangs du Parti. Là encore, ce serait une mauvaise interprétation de la décision présidentielle. La discipline reste et demeure le socle sur lequel se construisent la cohésion et les victoires du Parti. Les 23 bénéficiaires de la grâce du Président national, originaires exclusivement du Littoral et du Centre, devraient par conséquent éviter tout triomphalisme et s’inspirer du dicton selon lequel « celui qui a déjà été mordu par un serpent se méfie même du mille-pattes.» Après cet épisode, ils devraient désormais se comporter comme des apôtres qui s’en vont partout, répandre la bonne nouvelle sur la nécessité du respect de la discipline. Leur nouveau leitmotiv devrait être: « nous l’avons échappé belle; on ne nous y reprendra plus. »

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