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Un serment et un testament pour l’histoire

Hasard de la providence, simple coïncidence ou signe du destin ? Demain jeudi 6 novembre 2025, Paul Biya, président réélu au terme de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 prêtera serment pour un huitième mandat. Comme un clin d’œil de l’histoire à la journée du 6 novembre de l’an de grâce 1982 où tout avait commencé. Demain en arrivant au siège de l’assemblée nationale à Ngoa Ekelle désormais baptisé « Palais de verre Paul Biya », le président « réélu de haute lutte » ne manquera pas certainement d’avoir une pensée rétrospective teintée de nostalgie pour cette date historique. Quarante-trois ans plus tard, jour pour jour, le voilà qui va découvrir ce nouvel édifice pour y prêter serment pour un huitième mandat.

Les lieux ont changé même si l’ancien hémicycle a été conservé au cœur du nouveau bâtiment comme une pièce de musée ; le contexte, les acteurs également. Le peuple lui n’a pas changé. Il a plutôt évolué. Le 6 novembre 1982, il flottait sur l’ensemble du triangle national un air de renouveau. Depuis plusieurs jours, des flammes et de la fumée noire s’élèvent dans certaines villes du Cameroun, symboles et symptômes des casses et des incendies consécutifs aux violences post-électorales. Ici et là, suite au mot d’ordre irresponsable du malheureux perdant, des manifestants continuent de défier la loi et l’ordre public en contestant violemment et sauvagement les résultats de l’élection malgré le verdict sans appel et la proclamation finale du Conseil constitutionnel. La démocratie initiée avec méthode et mise en œuvre avec patience par Paul Biya lui-même est passée par là et peut avoir des effets secondaires, pervers ou indésirables comme tout remède. Faut-il regretter ce choix ? Que non ! Pour reprendre Winston Churchill : « la démocratie est un mauvais système mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes. » Le vin est tiré, il faut le boire. Jusqu’à la lie et même avec la chienlit. Le peuple exige plus de renouveau, de justice, de liberté, de démocratie, de progrès et de prospérité.

Demain 6 novembre 2025, ces images sombres de morts et de bâtiments calcinés jetteront une ombre sur la cérémonie de prestation de serment sans pour autant étouffer ni ébranler la joie et l’allégresse que ne manqueront pas d’exprimer en toute légitimité les partisans et les sympathisants du président réélu, désormais Président de tous les Camerounais.

Demain, au moment de prononcer ses premiers mots pour qualifier les maux de cette actualité pour le moins brûlante, il se souviendra sans nul doute comme si c’était hier de la phrase fétiche devenue historique de son premier discours délivré en ces mêmes lieux le 6 novembre 1982 : « je n’y faillirai point ». Elle est restée dans les mémoires et a marqué la mémoire collective ; elle résonne encore dans les oreilles des Camerounais, nés avant ou après 1982. Elle gronde et plane dans les cieux tel un nuage porteur d’une pluie torrentielle mais bienfaisante et rafraîchissante comme une rosée.

Il y a quarante-trois ans, la phrase résonnait comme un engagement plein de promesses. Certaines, très nombreuses certes, ont été tenues ; mais d’autres, tout aussi nombreuses ne l’ont pas été ou attendent encore de l’être.

Demain, le serment aura une valeur testamentaire. Pour le Cameroun. Pour l’histoire. Pour Paul Biya lui-même. Car un bon testament doit être accepté et exécuté aussi bien par les bénéficiaires que par le testateur.

Demain 6 novembre 2025, du haut de la tribune du Palais de verre qui porte son nom, Paul Biya doit, en renouvelant son serment pour un huitième mandat présidentiel dans un contexte et un environnement totalement différents, sceller une nouvelle alliance avec le peuple camerounais. L’histoire ne repasse pas les plats deux fois, a-t-on coutume de dire. Elle a fait une exception pour Paul Biya. À lui de saisir cette occasion. Il est déjà entré dans l’histoire camerounaise, africaine voire mondiale par la grande porte. Il lui appartient d’en sortir par la même voie. Et la boucle sera bouclée.

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