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La Société

Drogue et violence urbaine :  La jeunesse camerounaise en péril ?

Face à la multiplication des attaques de bandes organisées et l’amplification de la consommation de stupéfiants, l’avenir d’une génération entière semble aujourd’hui compromis, si rien n’est fait.

Il 17h30, ce 5 juin dernier, au marché Mokolo de Yaoundé. La foule dense qui s’y presse pour ses emplettes quotidiennes, sous une pluie imminente qui s’abat sur la capitale politique, est soudain traversée par une vague de panique. Une cinquantaine de jeunes hommes, armés de couteaux et machettes, surgissent brusquement dans les allées commerçantes. En quelques minutes, le chaos s’installe. Des cris, des bousculades, des étals renversés. Ce qui vient de se produire sous les yeux des Yaoundéens n’est pas un fait isolé, mais l’illustration la plus récente d’un phénomène qui tend prendre racine dans les grandes villes camerounaises : l’émergence de bandes organisées de jeunes délinquants, surnommés « microbes » en référence à leurs homologues ivoiriens.

Les 14 assaillants interpellés lors de cette attaque au marché Mokolo ont depuis, été placés en détention à la prison centrale de Kondengui. « Le phénomène sera combattu dans cette ville avec la plus grande énergie et la plus grande fermeté », a déclaré Emmanuel Mariel Djikdent, préfet du Mfoundi, promettant une réponse sans concession des autorités.

Mais derrière ces manifestations de violence urbaine, se cache une réalité plus complexe : celle d’une jeunesse fragilisée où la consommation de drogues s’installe avec une inquiétante banalité. À Douala, Garoua, Maroua comme à Ngaoundéré et ailleurs, le constat est alarmant. Selon des professionnels de la santé mentale, environ 8 jeunes sur 10 à Douala auraient déjà consommé des substances illicites. Dans les quartiers populaires comme New Bell, Deido ou Bonaberi, le phénomène s’affiche presque à visage découvert. « Les jeunes ont parfois envie d’intégrer certains groupes, d’être avec ceux qu’ils perçoivent comme plus forts », a expliqué Madeleine Ngalouna, spécialiste en santé mentale. Un désir d’appartenance qui les rend vulnérables aux influences néfastes. À Ngaoundéré, l’ingéniosité ne manque pas pour dissimuler la consommation : les drogues circulent sous des noms codés « Portugal », « Kellen Kellen », « caillou » ou « macaïfa » échappant ainsi à la vigilance des autorités.

Les conséquences sanitaires sont désastreuses. « Le cerveau subit des perturbations complexes, entraînant une perte de lucidité totale et de contrôle du comportement », a souligné la professionnelle de santé. Cette altération des facultés mentales ouvre la voie à des comportements violents et antisociaux, créant un cercle vicieux où drogue et la délinquance s’alimentent mutuellement.

Face à cette menace, les autorités ont engagé une réponse sécuritaire. Mais les spécialistes appellent également à une approche préventive, notamment au sein des familles. « Expliquez aux enfants les conséquences de leurs actes », a conseillé Sylvain Menounga, psychosociologue. « Rapprochez-vous des établissements scolaires, car un enfant qui est un ange à la maison peut être un démon à l’école », a-t-il ajouté.

L’enjeu est désormais de taille pour le Cameroun : comment briser cette spirale destructrice qui menace une génération entière ? Entre répression nécessaire et prévention indispensable, c’est tout un modèle social qui est questionné. Car derrière chaque « microbe », se cache un enfant perdu, une promesse d’avenir déchue dans les vapeurs toxiques des stupéfiants et la violence des rues.

Charles Ebode

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