Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Tout le monde connaît la morale de la fable de Jean de La Fontaine. L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 pourrait bien être un « remake » de cette fable. Depuis la validation des candidatures, de nombreux postulants ont déjà quitté la ligne de départ ; ils courent dans tous les sens et n’hésitent pas à se moquer d’un candidat en particulier, le sortant, qu’on dit absent, invisible et incapable de battre campagne. Qu’en savent-ils ? Tellement convaincus de leur avance sur le terrain et, croient-ils, dans les sondages, ils roulent des mécaniques et font beaucoup de mousse sans…savon. La ligne d’arrivée est encore loin. Rira bien qui…élira le dernier.
Comme la tortue de la fable, Paul Biya le candidat du Rdpc avance à son rythme. Il observe sans doute cette agitation du coin de l’œil tel un vieux crocodile immobile dans sa mare boueuse qui guette sa proie les yeux mi-clos en attendant le moment idéal pour lui sauter dessus. À chacun sa stratégie : si certains veulent aborder une épreuve de fond ou de demi-fond comme une course de vitesse, libre à eux ! Le Rdpc et son candidat n’ont par conséquent aucune leçon à recevoir de personne, de même qu’ils ne se comparent à personne. Les résultats départageront les concurrents.
Et puis, si chacun a sa stratégie, chacun a également ses priorités. Il est aisé de comprendre que pour la plupart des candidats, l’élection présidentielle est une question de vie ou de mort. Mais pour le Rdpc, cette échéance a beau être une priorité, il n’en demeure pas moins qu’il ne saurait mettre tous ses œufs dans le même panier. Voilà pourquoi, tout en publiant dans cette édition spéciale les noms des membres de ses équipes de campagne pour la présidentielle du 12 octobre 2025, le Rdpc a déjà les yeux rivés sur les élections régionales convoquées pour le 30 novembre 2025.
Preuve, s’il en était besoin, que contrairement à un dicton populaire bien connu, on peut poursuivre plusieurs lièvres à la fois. Ils ne sont pas nombreux les partis capables de réaliser un tel exploit. Le Rdpc peut se le permettre car il a de la ressource humaine en nombre et en qualité. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la composition des commissions et sous-commissions. C’est du lourd ! Alors tout en restant concentré sur la présidentielle, le Parti de Paul Biya prépare également la course d’obstacles des régionales. Premier défi : déposer les listes de ses candidats auprès des démembrements d’Elecam au plus tard le 16 septembre. Elle est là, la vraie et la seule course de vitesse. Ce qui suppose un déploiement dans les dix Régions et les 58 départements dans les prochains jours.
Plutôt que de considérer cet exercice des régionales comme une contrainte supplémentaire, le parti du flambeau ardent compte s’en servir comme un levier, un tremplin dans sa campagne pour la présidentielle. Comment ? À travers le choix de ses candidats aux régionales, le Rdpc entend envoyer un message à la jeunesse, masculine et féminine, en accélérant le processus de rajeunissement et de renouvellement de sa classe politique. Ce sera un signal fort, un formidable catalyseur susceptible de doper la campagne présidentielle. C’est le deuxième défi de ce calendrier politique surchargé. Et que l’on ne vienne pas nous dire que ces régionales pouvaient être reportées. Que non puisque la loi ne le permet pas !
Voilà donc le Rdpc obligé de suivre plusieurs lièvres à la fois tout en adoptant la stratégie de la tortue : rien ne sert de courir, il faut partir à point.
