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L'Editorial

Le pire ou le meilleur…

Par Christophe Mien Zok

Le sujet est délicat. Sensible. Toxique voire radioactif. Qui s’y frotte s’y pique. Et l’impertinent doit s’attendre à un possible retour de boomerang. Mais faut-il, par complaisance, par complicité passive ou tacite, ou par connivence, détourner le regard alors que la maison peut brûler à tout moment ? Faut-il encourager l’amnésie et l’hypocrisie collectives ambiantes ? Le bourdonnement provoqué par le buzz incessant des réseaux sociaux et les ronrons récurrents de la classe politique ont un effet soporifique indéniable sur la population. Laquelle est comme hypnotisée, médusée, tétanisée. Les vrais problèmes sont éludés et occultés au profit de vraies-fausses polémiques, de tambouilles d’arrière cuisine qui peuvent donc se poursuivre allègrement, loin des regards.

Même si on est loin du lexique et de la grammaire politiques, les barbouzeries, les mesquineries, les pratiques mafieuses, les lynchages via les médias et réseaux sociaux, les règlements de comptes sont aussi vieux que l’exercice du pouvoir. Et cela s’appelle le jeu de massacre. Il est encore plus virulent et visible aujourd’hui à la faveur du contexte politique post-électoral et grâce à la démocratisation des réseaux sociaux. Les silences, l’inertie et la procrastination y ont également beaucoup contribué. Résultat : la ruse, la roublardise, les invectives, les coups bas, les manœuvres souterraines et les mensonges publics ont définitivement remplacé les idées, les idéologies, la doctrine, les stratégies et les programmes politiques.

Les barbouzes, les mercenaires, les pieds nickelés et les snipers des officines dictent désormais la loi avec le soutien actif de followers stipendiés et de journalistes soudoyés.

Il n’y a pas de fumée sans feu. S’il y a autant de fumée, c’est bien parce que quelqu’un souffle sur les braises à coups de rumeurs savamment distillées, d’infox, de contrefaçons et de falsifications de documents officiels.

Sur la place publique, les réseaux sociaux et une certaine presse alimentent et entretiennent ce climat malsain et délétère. Pour achever le processus de banalisation, on tourne cette actualité en dérision. Des avatars ou des leurres sont créés pour faire diversion. On rit à gorge déployée de ces blagues de mauvais goût, on s’en lasse et on passe à autre chose. Le lavage de cerveau est en train de réussir. Le phénomène d’accoutumance en très bonne voie. Chacun y va de sa sensibilité et de son inspiration.

Tout cela prêterait à sourire si la situation globale du Cameroun était bonne. Elle ne l’est pas, hélas, en raison des défis et des enjeux qui sont autant d’urgences et de priorités sur tous les plans ; politique, social, économique, culturel. Même l’opium du football ne fonctionne plus…

Si le Cameroun n’est pas l’enfer dépeint par certains, il y a au moins de la morosité et beaucoup de spleen dans l’air. La lame de fond qui gonfle et enfle peut déboucher sur un tsunami dévastateur mais, aveuglés et assoiffés par leurs ambitions, les dauphins et les requins autoproclamés préfèrent surfer sur l’écume de surface ou nager en eaux troubles.

 A la tragédie qui s’annonce si rien n’est fait pour arrêter la machine infernale, on est en train d’ajouter la comédie ; une farce grotesque ; un immense vaudeville qui ne fait plus rire personne.

Au regard de cette situation, posons-nous quelques questions sans fards et sans tabou. Où va le Cameroun ? Où voulons-nous le conduire? Vers les cimes ou dans l’abîme ? Jusquoù sommes-nous prêts à nous vautrer dans la fange de la honte et à patauger dans la boue de lignominie pour nos petits intérêts égoïstes ? Quest devenue « la République exemplaire » prônée par Paul Biya il y a quelques années? Aucun citoyen responsable ne peut rester indifférent face à ce spectacle ; aucun homme politique sérieux ne peut ne pas se poser ces questions.

Alors quon attend l’écriture de beaux et nouveaux chapitres de la grande épopée camerounaise, certains acteurs préfèrent jouer aux pitres ou aux apprentis sorciers. Que se disputent-ils exactement ? Le pouvoir et ses privilèges ? Le Cameroun et les aspirations légitimes de ses populations en matière de développement, de progrès, de sécurité, de bien-être et leurs rêves de grandeur pour leur pays ? Questions rhétoriques.

Au regard de lintensité des coups et de l’âpreté des batailles entre les différents camps, les multiples factions et les divers clans, il y a lieu de craindre le pire pour le Cameroun. Sortira-t-il affaibli ou sera-t-il détruit purement et simplement si rien n’est fait ? À quoi sert le pouvoir si le pays est en ruines et en lambeaux ? Il fallait tirer la sonnette d’alarme. Voilà qui est fait.

Ceux et celles qui, du haut de leur puissance et de leurs positions de pouvoir, voudront casser le thermomètre pour ne pas voir la fièvre annoncée peuvent toujours se livrer à leur sport favori: chantage, intimidations, menaces, etc.

Pas besoin d’être un cinéphile assidu pour invoquer alors limage du Titanic qui allait vers son destin tragique et sa triste fin contre liceberg maudit alors qu’à bord du navire les bulles de champagne pétillaient et les verres tintinnabulaient dans linsouciance générale.

On ne joue pas avec le Cameroun qui n’est et ne sera pas le Titanic.

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