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L'Editorial

Temps forts et temps morts.

L’actualité politique camerounaise est régulièrement marquée par des embardées bien connues des amateurs de conduite automobile : coups de freins brusques ; accélérations brutales. Entre les deux, des épisodes de calme, de repos voire de répit plus ou moins longs. La période qui va de novembre à juin constitue généralement un temps fort de ces séquences à éclipses. Si le climax est atteint le 20 mai de chaque année avec la célébration de la fête de l’unité, le 6 novembre, date-anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, le 31 décembre et le traditionnel discours de fin d’année, le 10 février et le non moins traditionnel message à la Jeunesse et le 24 mars, date de la commémoration de la création du Rdpc, sont des rendez-vous incontournables, scrutés et très attendus des observateurs. Il se passe donc toujours quelque chose d’important au cours du premier semestre.

Les six premiers mois de l’année 2026 n’ont pas échappé à cette règle devenue un théorème. Les chroniqueurs ont consigné plusieurs faits majeurs, notamment les changements intervenus à la tête des deux chambres du Parlement, la révision de la constitution et l’instauration d’un poste de vice-président de la République, la prorogation des mandats des députés et des conseillers municipaux. Alors que le Parlement est en pleine session depuis le 9 juin et que les Camerounais continuent d’attendre la suite qui « interviendra inévitablement » selon la belle formule du secrétaire général du Comité central du Rdpc dans un communiqué du 2 juin 2026, l’actualité est meublée et parasitée par des faits divers et des polémiques en tous genres. Or, la célèbre mise en garde du sociologue français Pierre Bourdieu devrait être connue de tous : « les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion. »

Avec la profusion et la prolifération des réseaux sociaux, les faits divers naissent et meurent à une vitesse supersonique. Et la diversion hante de plus en plus les citoyens les plus avertis autant que les militants les plus convaincus. Il leur faudrait avoir la foi patriotique et militante chevillée au corps pour rester insensibles au bruit et indifférents à la fureur créés par cette avalanche de bobards et de canulars. Que devient le militant du Rdpc face à ce maelström entretenu par les différents camps à l’intérieur du pouvoir et les clans antagonistes qui, à l’extérieur, tirent les ficelles comme des marionnettistes ?

Dans le communiqué du 2 juin 2026 évoqué ci-dessus, le secrétaire général du Comité central demande aux militants du Rdpc de faire preuve de loyauté et de s’en tenir au « cap fixé, à la direction tracée » par le Président national. Il préconise « la responsabilité individuelle et collective, la prudence et le discernement, le raffermissement de l’unité du Parti », la cohésion et le rassemblement. Et comme les faits divers et les polémiques se propagent à travers les médias ordinaires et les réseaux sociaux, il demande à ceux et celles qui communiquent au nom du parti « d’éviter des prises de parole intempestives sur tous les sujets ainsi que des propos à caractère personnel et contradictoires susceptibles de nuire à l’image du Parti ou de nature à accréditer la thèse de la cacophonie et des divergences internes. »

Ces propos résonnent comme une feuille de route. Aux militants d’en faire leur nouvelle profession de foi avec pour objectif : « le renforcement des majorités détenues par le Rdpc à l’Assemblée nationale et dans les conseils municipaux. »

Il va de soi que pour atteindre cet objectif, Paul Biya reste, malgré tout, la figure tutélaire, le pater familias, le repère, le guide, le bouclier… Celui qui, par ses silences, ses discours et ses actes, décide des temps forts et des temps morts. En un mot, celui qui dicte le tempo.

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