Si cette activité saisonnière est perçue presque par certains comme une véritable école de la vie, elle expose les plus jeunes à de gros risques pour leur santé et leur sécurité.
Dès la fermeture des écoles, ils sont nombreux à investir les rues, carrefours et marchés. Pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, le petit commerce devient l’activité phare des grandes vacances. Entre les voitures, ils se faufilent pour proposer leurs marchandises.
Le phénomène prend de l’ampleur chaque année. Faute de moyens ou par esprit d’initiative, des parents laissent leurs enfants “se chercher” pendant les congés. D’autres enfants décident d’eux-mêmes de mettre la main à la pâte pour acheter leurs fournitures à la rentrée.
Ainsi, certains pensent que le petit commerce a des vertus, en ce sens que, l’enfant découvre la valeur de l’argent gagné à la sueur de son front, ou qu’il devient plus débrouillard, plus responsable. « Grâce aux vacances, j’ai pu acheter mes cahiers moi-même. J’ai compris que l’argent ne tombe pas du ciel », témoigne Kevin, 14 ans, vendeur d’eau à Mvog-Ada.
Pour certains parents, c’est aussi une façon d’occuper les enfants et de les éloigner de l’oisiveté, des jeux vidéo ou des mauvaises fréquentations. « Mieux vaut qu’il vende des arachides que de traîner dans la rue. J’organise son travail et je fixe les heures », souligne Chantal Ngou, une mère de famille.
Au demeurant, les risques de cette activité sont réels et les spécialistes de la protection des droits de l’enfant tirent la sonnette d’alarme. Accidents de circulation, harcèlement, vol, abus, etc, sont quelques risques auxquels ils sont exposés, car la rue n’est pas un milieu protégé. Les filles sont particulièrement exposées. À côté, les associations de protection de l’enfance dénoncent aussi une forme de travail précoce qui peut freiner le développement de l’enfant. Dr Armel Belinga, psychologue spécialisé dans le développement de l’enfant à Yaoundé, met en garde : « Un enfant au travail, même pour vendre de l’eau, c’est un enfant qui perd du temps de jeu, de repos et d’apprentissage. Le cerveau se construit pendant l’enfance. La fatigue chronique, l’exposition au danger, ont des conséquences à long terme. L’idéal, ce sont des activités encadrées : centres aérés, sport, ateliers. La rue n’est pas une salle de classe ».
Face à ce dilemme, la solution semble être l’encadrement. Plusieurs mairies et associations proposent des ateliers d’initiation à l’entrepreneuriat pour jeunes, dans un cadre sécurisé. L’idée : garder l’esprit d’initiative, mais loin des dangers de la rue.
Muriel Zang

