Dans les années 70, un modèle de sandales aux couleurs vives constitué de lanières en plastique et d’une semelle en éponge fit irruption au Cameroun. C’était sommaire, léger et simple mais efficace pour un temps. Au bout de quelques mois, pour ne pas parler de semaines, la semelle était usée et les lanières se coupaient toujours au moment où on s’y attendait le moins. Ces désagréments récurrents valurent à cette belle trouvaille industrielle l’appellation infamante de « sans confiance ». Les générations actuelles en ont peut-être un lointain souvenir ou n’en ont même jamais entendu parler. Tant mieux pour elles mais la problématique de la confiance demeure permanente dans notre espace socio-politico-économique et n’épargne aucun secteur. Entre l’acheteur et le petit vendeur d’arachides qui concasse le fond de sa boîte pour gruger le client, la confiance règne…Entre la ménagère et le boucher qui trafique sa balance pour gagner quelques grammes de viande sur chaque kilogramme, la confiance règne… Entre les clients et le mécanicien, le menuisier, le tailleur, le maçon, le cordonnier, le réparateur d’appareils électroniques qui ne respectent jamais les engagements pris encore moins la parole donnée en matière de respect des délais, la confiance règne…
Dans les administrations, publiques ou privées, la confiance règne entre les usagers et les agents qui usent de toutes sortes de subterfuges et de stratagèmes pour ne pas traiter les dossiers. « Revenez demain » est le sempiternel refrain servi aux usagers avec désinvolture et agacement quand bien même ils sont à leur énième visite dans ce service. Entre la justice et les justiciables, la confiance règne…
Comme on peut le constater, la confiance règne à tous les étages dans notre pays et les couacs, les incidents, les scandales qui éclaboussent quotidiennement la haute administration ne changeront pas la donne de sitôt.
Deux exemples tirés de l’actualité récente mettent encore plus en exergue les risques d’un effritement progressif de la confiance dans l’espace public. Première illustration: dans moins de deux mois les inscriptions sur les listes électorales seront clôturées pour l’année en cours. Depuis le début de l’année 2026, à peine 124342 nouveaux électeurs se sont effectivement inscrits. Quand on sait qu’on sort d’une importante année électorale qui a mobilisé les Camerounais et que des échéances tout aussi cruciales sont annoncées dès le début de 2027, on peut s’interroger sur ce faible engouement. Voilà des années que certains responsables politiques et des citoyens ordinaires clament urbi et orbi ne plus faire confiance au système électoral camerounais. Même si ces déclarations sont parfois empreintes de mauvaise foi et d’exagération, elles n’en méritent pas moins une certaine attention.
Deuxième illustration: le recensement général de la population lancé il y a quelques mois a été prorogé au regard du faible engouement constaté sur le terrain dans certaines régions. Autant il convient de condamner cette tendance toute camerounaise à vouloir tout politiser et à faire de l’amalgame, autant les pouvoirs publics doivent une fois de plus interroger cette expression de défiance assumée. On a même entendu quelques Camerounais soutenir dans un reportage de la Crtv qu’ils ne se feront pas recenser.
Une fois de plus, la confiance règne…
Il est temps que la classe politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition, s’aperçoive que la gestion des affaires de la cité repose sur le pacte ou le contrat de confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Que les agents de la techno-structure administrative ignorent ou méprisent ce pacte, passe encore! Mais les politiques, les élus, ceux et celles qui sollicitent les suffrages du peuple souverain ne peuvent se permettre un tel crime de lèse-majesté contre les électeurs qui les ont installés sur le trône du pouvoir.
Le peuple souverain n’est jamais amnésique et sait à quelle occasion rappeler qu’il peut se comporter comme les fameuses sandales « sans confiance »: vous lâcher à l’improviste au moment où vous vous y attendez le moins.
La confiance ne se décrète pas; elle ne s’impose pas avec des coups de menton autoritaires ou des roulements de mécanique; elle se construit à coups de contact, de dialogue, de respect mutuel. Elle se cultive dans la proximité et se bonifie grâce aux visites et aux contacts réguliers sur le terrain. La confiance est accordée à ceux et celles qui font de la vraie politique; à ceux et celles qui font preuve d’humilité, d’intégrité, de probité, ont le sens de l’écoute, et acceptent les remises en cause.
En politique, la confiance c’est admettre qu’il ne faut pas faire aux autres ce que vous n’aimerez pas qu’on vous fasse.

