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Commercialisation du cacao : Les pays producteurs africains font bloc

Le Cameroun, le Nigéria, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont décidé de former une alliance pour mieux défendre leurs intérêts et réduire l’asymétrie des prix.

Formée le 14 juillet dernier à Abuja au Nigeria, cette alliance pour la valorisation de la production de ces quatre pays, ambitionne de réduire l’asymétrie de prix qui, depuis la nuit des temps, pénalise les producteurs face aux exportateurs, transformateurs et autres traders.

Ce sommet du 14 juillet dernier était un tournant décisif dans la gouvernance de la filière cacao en Afrique de l’Ouest et du Centre. Il s’agit avant tout de modifier l’architecture économique du secteur : passer d’un modèle d’exportation de fèves brutes, faiblement rémunérateur, à une logique de transformation locale et de négociation collective. Sur le plan macroéconomique, cette configuration limite l’exportation de revenus et freine l’accumulation de capacités productives domestiques : elle maintient les pays producteurs dans une position de price takers ou preneurs de prix, alors que les transformateurs agissent comme price makers.

Jusqu’ici, le prix du cacao est déterminé à l’international, souvent sous l’influence d’opérateurs disposant d’une grande capacité de transformation, du stockage, du financement, du négoce et des réseaux de distribution. À l’inverse, les produits transformés (poudre, beurre, masse de cacao, chocolat) relèvent davantage de la valeur ajoutée liée à la technologie, au contrôle qualité, à la marque et aux volumes contractuels. En harmonisant les normes et en promouvant la transformation sur place, les pays africains veulent réduire l’asymétrie d’information et de pouvoir de marché. L’enjeu n’est pas seulement industriel : il est aussi contractuel et financier, car la transformation locale permet de capter des marges plus stables que celles attachées aux fluctuations des cours des fèves brutes.

La Déclaration d’Abuja et la création d’une alliance répondent à une logique de renforcement de la puissance de marché. En formant un bloc, les quatre pays visent une meilleure coordination des volumes, une réduction des coûts de transaction et une harmonisation des standards. Des éléments qui conditionnent l’accès à des marchés mieux rémunérés, et à des partenariats plus équilibrés. L’objectif de négocier « en tant que bloc uni » s’inscrit dans une stratégie de mutualisation des capacités.

Au-delà de l’argument moral et politique, la transformation locale peut générer une rente de qualité : des standards homogènes permettent de repositionner le produit africain dans des segments où la différenciation et la traçabilité comptent. De plus, les investissements industriels stimulent l’emploi, renforcent les chaînes d’approvisionnement nationales (maintenance, emballage, logistique) et favorisent une diversification économique indispensable pour limiter la vulnérabilité aux variations du prix du cacao brut. Le décalage entre les prévisions initiales et les prix effectivement observés s’explique en partie par le retournement du marché international du cacao. Cette alliance permettra de mieux amortir ce genre de chocs dans l’avenir.

Claude Mpogue

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