Comme de nombreux pays dans le monde, le Cameroun célèbre vendredi prochain, 1er mai 2026 la 140ème édition de la fête internationale du Travail. Voilà bientôt un siècle et demi que le monde marque une pause chaque année pour la défense des droits des travailleurs. Le Cameroun n’est pas resté en marge de ce mouvement. Grâce à la liberté syndicale, aux revendications corporatistes conjuguées aux efforts des pouvoirs publics, des avancées significatives sont enregistrées dans ce domaine où rien n’est jamais définitivement acquis.
D’une année à une autre, le gouvernement, le patronat, les syndicats et les travailleurs se rejoignent et se rassemblent pour reconnaître et célébrer, main dans la main, les valeurs et les vertus du travail. Les divergences et les malentendus ne manquent pas entre tous ces acteurs mais toutes les parties s’accordent pour reconnaître avec Voltaire dans le conte philosophique intitulé Candide que « le travail éloigne de nous trois grands maux : le vice, l’ennui et le besoin ». Un seul ennemi à combattre et à abattre : le chômage, surtout chez les jeunes.
D’une année à l’autre, des thèmes sont proposés à la réflexion des différents protagonistes pour rappeler, évaluer, marteler les efforts et les progrès déjà accomplis dans le domaine des droits des travailleurs. Difficile de mesurer l’impact réel de ces thématiques sur les consciences des acteurs, au regard de l’importance de plus en plus grande que revêtent les aspects festifs et accessoires de cette célébration : pagnes, tee-shirts, casquettes, réjouissances et agapes populaires, etc. Le thème de cette 140ème édition est intitulé : « Dialogue social et travail décent : facteurs de paix, de cohésion nationale et de développement économique de l’entreprise ».
Quand on sait que le Cameroun figure parmi la dizaine de pays de l’Afrique francophone dont la devise nationale contient le mot travail, le rapport de tous les Camerounais à ce concept devrait être plus fort, sincère, solide et permanent. Les Camerounais devraient chérir le travail tous les jours de l’année, et pas seulement le 1er mai, au même titre que la paix et la patrie, les deux autres valeurs du triptyque de la devise du pays. Qu’en est-il réellement dans la pratique quotidienne ? Alors que de nombreux Camerounais ont bien compris et assimilé la pensée de Voltaire rappelée ci-dessus et que d’autres se tuent au travail pour manger à la sueur de leur front, ils sont tout aussi nombreux ceux et celles qui badinent avec cette notion. Dans cette dernière catégorie, vous rencontrerez ceux qui aiment plus le salaire que le travail. Ils répondent aux abonnés absents tout au long du mois, mais sont les premiers à s’aligner à la banque ou à la caisse de l’entreprise pour toucher leurs salaires qui ne sont pourtant pas misérables. Leur rêve ? Vivre dans un monde où les gens sont payés pour ne rien faire !! Ce sont les mêmes qui fêtent plus qu’ils ne travaillent. Il convient de dire à leur décharge que dans notre pays, dès que le mot fête apparaît dans une expression, il éclipse tout le reste. Exemple : la fête de la femme. On y parle plus de la fête que des problèmes des femmes.
La réalité est triste à dire, mais elle existe : de nombreux Camerounais n’aiment pas franchement travailler. Ce qui ne signifie pas qu’ils sont adeptes de la paresse et de l’oisiveté, mais plutôt qu’ils préfèrent de loin les privilèges et les avantages que procure le travail. La preuve : ils s’y accrochent tellement qu’ils sont prêts à tout pour ne pas aller à la retraite.
Au regard de ce qui précède, le thème permanent de chaque édition de la fête international du travail devrait être : « le travail d’abord ; la fête ensuite » ou encore, à l’adresse de certains travailleurs, « aimez votre travail comme vous aimez vos salaires » ! Chaque premier mai, le refrain d’une célèbre chanson des années 80 devrait être entonné dans la plupart des entreprises et des administrations, publiques ou privées : « qui n’a pas travaillé, n’a pas droit au salaire » !

