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L'Editorial

Du bon usage de la discipline :

Après un débat de plusieurs heures marqué par des coups d’éclats et entrecoupé de chansons, le Parlement sud-africain s’est finalement prononcé hier

au terme d’un vote à bulletins secrets, sur la Motion de défiance ouverte contre le Président Jacob Zuma. Le verdict du scrutin est serré: sur les 384 députés votants- le parlement sud-africain compte 400 sièges – 198 ont voté contre la motion, 177 ont voté pour et 9 se sont abstenus. En conclusion, Jacob Zuma échappe de justesse à la destitution pour la énième fois et conserve son poste de Président de la République Sud Africaine. 
L’issue de ce scrutin est intéressante à plus d’un titre pour les observateurs et analystes politiques Camerounais. Elle est d’autant plus intéressante que cet épisode de la vie politique sud-africaine intervient au moment où le débat au Cameroun se focalise, une fois de plus, sur la problématique de la discipline au sein des partis politiques. 
Le vote des députés Sud Africains a été précédé par une intense et virulente campagne aussi bien dans les médias qu’au sein de l’opinion publique. Des manifestations ont été organisées dans les villes pour soutenir la destitution du président en poste. La pression était forte sur les députés de l’Anc majoritaires-249 sièges sur 400. Il leur était demandé de choisir entre la discipline du Parti et l’intérêt « supérieur du pays ». Quelques-uns ont finalement voté en faveur de la Motion. Mais la majorité, soit 198, a décidé, en âme et conscience, de voter contre et partant de permettre à Zuma de rester en poste. Triomphe de la discipline du Parti ? Respect de la légalité ? Victoire des intérêts particuliers sur l’intérêt général ? Chacun pourra se faire son opinion. En tout cas, cet épisode du parlement sud-africain montre que la discipline du Parti n’est pas antinomique de la démocratie ou de l’intérêt général. 
La destitution de Zuma pouvant entraîner l’implosion de l’Anc, les élus de ce Parti ont privilégié l’intérêt collectif. Qui peut dire et prédire, dans une Afrique du Sud qui fête seulement cette année le 20ème anniversaire de la constitution post apartheid, les conséquences et l’impact de l’implosion de l’Anc sur la vie de la Nation arc-en-ciel ? 
Pour revenir au Cameroun, les textes de base du Rdpc disposent clairement que le Parti encourage le débat et la discussion libres. Toutefois, à la fin, la minorité doit se soumettre à la loi de la majorité. Tel est le fondement démocratique de la discipline du Parti. Et ceux qui se risquent à la tourner en dérision se trompent lourdement. 
Tout en garantissant la démocratie dans ses rangs, le Rdpc se doit d’être ferme en matière de discipline car elle constitue la colonne vertébrale de tout Parti politique. L’article 2 alinéa 2 du Règlement intérieur dit d’ailleurs à ce sujet : « A tous les échelons, le Parti pratique, encourage la libre discussion, le débat d’idées et le libre choix des dirigeants sur la base des critères de compétence, de militantisme, d’efficacité, d’abnégation, de moralité, de patriotisme, de loyalisme envers les institutions de la République et le Parti ». L’alinéa 4 précise cependant que « toutefois, la nécessaire discipline démocratique qui doit régner dans les rangs implique que la minorité se soumet aux décisions de la majorité, et que l’organe inférieur est tenu d’exécuter les directives des organes supérieurs qui en assurent le contrôle ».
Il n’y a point de salut en politique sans la discipline. Ceux et celles qui pensent que sur cette question, il existerait des divergences entre le Président national et le Secrétariat Général du Comité central, se trompent. De petits malins tentent à cet égard de faire croire que le Secrétariat Général agit à l’insu du Président national. Tout démocrate et légaliste qu’il est, Paul Biya ne peut pas encourager l’indiscipline. La solidité et la vitalité du Rdpc dépendent de sa capacité à maintenir la discipline dans ses rangs. L’Anc, Parti presque centenaire et à l’histoire mouvementée, vient encore d’en administrer la preuve. Sous tous les tropiques et toutes les latitudes, la discipline est une donnée constante dans la vie des Partis politiques. Et elle rime parfaitement avec la démocratie.

CMZ

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