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L'Editorial

Politiquement incorrect

Comme un air de déjà vu…Il y a une semaine, le 24 novembre dernier, trois élèves et une enseignante ont été tués dans certains établissements de la localité de Ekondo Titi, département du Ndian, Région du Sud-ouest. Il y a un an, le 24 octobre 2020, la ville de Kumba dans le département de la Meme, avait déjà connu pareille tragédie avec un bilan beaucoup plus lourd: huit élèves décédés et une douzaine de blessés. Le mode opératoire est le même: des assaillants débarquent dans un établissement scolaire; ouvrent le feu et tirent sur tout ce qui bouge avant de repartir comme ils sont venus. À Ekondo Titi, il parait que des engins explosifs ont également été utilisés! Tout ce dispositif de violence et de mort contre des enfants innocents et des enseignants qui ne demandent qu’à dispenser le savoir! La cruauté, la bestialité, la brutalité des assaillants et de leurs méthodes ne sont plus à démontrer. Toutefois, si les bilans et les pertes en vies humaines font généralement l’unanimité, des divergences apparaissent aussitôt dès qu’il s’agit de rendre publique l’information, notamment de répondre à la question cruciale de savoir quels sont les auteurs de ces actes ignobles? Qui a bien pu commettre des actes aussi ignobles et barbares?
La réponse est pourtant évidente; elle crève les yeux mais comme si tout le monde s’était passé le mot, les réseaux sociaux et certains médias traditionnels embouchent plutôt les trompettes des euphémismes pour éviter de désigner les auteurs de ces lâchetés par leurs vrais noms. Le concours de la tartuferie, de la fumisterie et de l’hypocrisie peut alors commencer. Les uns parlent de « personnes armées non identifiées », les autres « d’éléments armés » ou vaguement « d’assaillants ». Hors il s’agit d’un secret de polichinelle. Quelles que soient les précautions langagières, les circonlocutions et les périphrases utilisées, elles ne trompent personne. Ces actes de barbarie, de sauvagerie et de lâcheté portent la signature de quelques égarés de la sécession. Quand ils ne s’attaquent pas par surprise aux éléments des forces de défense et de sécurité à coups d’engins explosifs improvisés, ils sont obligés de s’en prendre aux élèves et aux enseignants. C’est connu de tout le monde mais il n’y a pas pire aveugle que celui qui refuse de voir.
Nous l’avons déjà dit dans ces colonnes il y quelques semaines: cette attitude qui consiste à ne jamais désigner voire dénoncer les exactions des séparatistes relève de la complicité et du politiquement incorrect. Ceux qui n’attendent même pas une fraction de seconde pour condamner les bavures des policiers, des gendarmes ou des militaires devraient faire preuve d’une diligence et d’une exigence proportionnelles lorsqu’il s’agit des séparatistes. Cet autre front, psychologique et médiatique du combat contre le séparatisme ne doit pas être négligé. Certains journaux et acteurs des réseaux sociaux qui se livrent ainsi à cette entreprise de manipulation et de désinformation doivent à leur tour être dénoncés et combattus car ils contribuent à la banalisation de la violence. À travers ce parti pris assumé, ils sont en train de redéfinir à leur manière l’information en cas de conflit: « plusieurs morts causés par les séparatistes, ce n’est pas une information; un seul mort provoqué par un militaire, un gendarme ou un policier, voilà le scoop! ». Il est temps que cesse cette autre imposture qui n’a que trop duré.

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