La longue séquence de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 s’est achevée en apothéose jeudi dernier, 6 novembre 2025, par la prestation de serment du candidat réélu, le président Paul Biya. Malgré l’entêtement et l’obstination…diaboliques du candidat arrivé en deuxième position, les Camerounais dans leur immense majorité aspirent à tourner la page de ce feuilleton mortifère pour enfin vaquer dans la paix à d’autres occupations plus saines et porteuses d’espoir et d’espérance. Le président élu leur a donné des assurances quant au maintien de l’ordre et de la sécurité : « Il est de ma responsabilité de veiller à ce que l’ordre soit maintenu. Je puis vous l’assurer, l’ordre régnera. Le Cameroun continuera d’avancer. » Fort de cette assurance, le Cameroun avance dès la fin de cette semaine vers les élections régionales du 30 novembre 2025 dont la campagne électorale s’ouvre ce samedi, tout en gardant les yeux et les oreilles ouverts sur les premiers actes du nouveau septennat. La balle est désormais dans le camp du président de la République qui saura faire la distinction entre vitesse et précipitation.
L’ascenseur émotionnel des régionales ne sera pas du tout le même que celui d’une élection présidentielle : le mode de scrutin, le nombre de candidats, les enjeux ; tout oppose les deux consultations. Les mauvaises langues auront beau jeu de persifler qu’il n’y aura pas match puisque le Rdpc détient la majorité absolue dans tous les conseils municipaux. Encore que de mauvaises surprises ne sont pas à exclure. On en a vu par le passé…En tout cas, tant mieux pour les nerfs ! Un peu moins d’adrénaline-et surtout de sang-qui coule ne fera de mal à personne !
Le 30 novembre prochain, le Cameroun n’en sera qu’à ses deuxièmes élections régionales de l’histoire depuis la promulgation de la constitution du 19 janvier 1996. 2020-2025 : les conseils régionaux et leurs premiers exécutifs ont-ils tenu la promesse des fleurs ? Ont-ils répondu aux attentes fortes et légitimes des Camerounais ? En cinq ans seulement d’existence, il est assez prématuré pour poser un bilan objectif sur le fonctionnement d’une institution. « Peut mieux faire ; mention passable, doit redoubler d’efforts et d’ardeur à la tâche » : telles devraient être les appréciations qu’un examinateur inscrirait en marge de la copie de ce « nouvel élève » s’il devait procéder à une évaluation sans complaisance de son travail. En effet, la voie de l’Etat unitaire décentralisé est celle choisie par le Cameroun comme modèle d’organisation, de fonctionnement et de gestion de la République.
La décentralisation apparaît par conséquent comme un levier indispensable, un instrument essentiel du développement équitable du pays. Encore faut-il que les actes, les décisions, les initiatives menés dans ce sens le soient dans un esprit de sincérité, sans calcul et sans arrière-pensée.
Dans son discours inaugural prononcé jeudi dernier devant la Nation tout entière, le président élu a bel et bien envisagé des « réformes permettant un fonctionnement plus efficient de l’Etat, grâce à une adaptation de nos institutions aux exigences de notre environnement. » De nombreux Camerounais s’accordent effectivement à reconnaître et à dire que parmi les problèmes qui minent le bon fonctionnement des institutions figurent l’excès de verticalité et la très forte concentration du pouvoir au niveau central. Davantage « d’horizontalité », c’est-à-dire d’équilibre et de partage de pouvoir, ne ferait de mal à personne.
Puisse ce problème trouver un début de solution à la faveur des deuxièmes élections régionales prévues le 30 novembre 2025. En tant que force de proposition, le Rdpc doit jouer son rôle d’aiguillon pour mener campagne dans ce sens et entraîner résolument les pouvoirs publics vers cette voie vertueuse. Le Cameroun sera uni et réellement décentralisé ou ne sera pas. Le Rdpc a d’autant plus l’obligation de l’engager dans cette option irréversible qu’il a les coudées franches et détient pour l’instant le monopole de l’initiative. Après, il pourrait être trop tard…
