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23ème congrès de l’Aaea : L’Afrique en quête d’un avenir où l’eau coulera pour tous

Face à une crise hydrique qui prive 400 millions d’africains d’accès à l’eau potable et 800 autres millions d’un assainissement adéquat, les leaders du continent ont lancé, le 9 février dernier à Yaoundé, un appel sans précédent à une mobilisation collective.

Au cœur du Palais des Congrès de Yaoundé, tout baignait le 9 février dernier. Des ministres, des experts, des bailleurs de fonds africains et des acteurs de terrain venus de 45 pays africains et d’ailleurs se sont réunis avec une conviction commune : transformer radicalement l’accès à l’eau et à l’assainissement en Afrique. Cette grand-messe continentale, placée sous le thème évocateur « Eau et assainissement pour tous, des actions fortes pour l’Afrique », marque un tournant dans la gouvernance hydrique du continent. « L’eau est bien plus qu’une ressource, c’est le socle de notre dignité et de notre développement », a martelé Dr Blaise Moussa, directeur général de la Camwater et président de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (Aaea), dans un discours qui a donné le ton de l’événement. Face à lui, une assemblée consciente de l’ampleur du défi : malgré l’abondance hydrologique de l’Afrique, 400 millions de personnes y vivent sans accès à un service d’eau sécurisé, et le double sans assainissement de base.

Le diagnostic est sans appel et confirmé par tous les intervenants. Olivier Gosso, directeur exécutif de l’Aaea, a souligné que « l’accès à l’eau ne dépend pas seulement de sa disponibilité, mais surtout de notre capacité collective à planifier, investir et organiser ». Un constat partagé par Michera Chirwa de la Banque africaine de développement, qui a présenté une initiative ambitieuse intitulée « Sustainable utility transformation and viability enhancement initiative », visant à garantir la sécurité de l’eau pour plus d’un milliard de personnes, grâce à une alliance de dix grandes banques de développement.

L’urgence est palpable, alors que le changement climatique et la croissance démographique intensifient la pression sur des infrastructures déjà insuffisantes. « Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre », a insisté Cheikh Tidiane Dieye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et président du Conseil des ministres africains de l’eau (Amcow), rappelant que « 447 millions d’enfants africains n’ont pas accès à l’eau dans leurs écoles ».

Ce qui frappe dans cette édition 2026 du congrès, c’est la convergence des acteurs vers une approche systémique. L’eau n’y est plus traitée comme un secteur isolé, mais comme un catalyseur de développement interconnecté avec l’agriculture, l’énergie, la santé et l’éducation. « Nous devons considérer l’eau et l’assainissement comme des secteurs stratégiques au même titre que l’énergie ou les transports », a souligné Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Energie du Cameroun, représentant le président Paul Biya.

Le nerf de la guerre reste toutefois le financement. Avec des besoins estimés à plus de 50 milliards de dollars annuels pour atteindre l’Odd6 d’ici 2030, les intervenants ont appelé à des « décisions courageuses » et des « transformations systémiques » dans les modèles de financement. L’Amcow a d’ailleurs présenté sa « Vision 2060 » ; un plan ambitieux qui dépasse l’horizon des Odd6 pour inscrire l’action dans la durée.

Alors que le congrès se poursuit jusqu’au 13 février, une question demeure : ces discours inspirés seront-ils suivis d’actions concrètes ? Comme l’a conclu avec force le ministre sénégalais, « l’eau doit devenir ce qu’elle est réellement : non pas une source de conflits, mais un levier de résilience, de stabilité et de prospérité partagée pour notre continent ».

Charles Ebode

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