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Jeunesse : la carotte et le bâton

La 60ème édition de la fête de la jeunesse a été célébrée hier, 11 février 2026, sur l’ensemble du territoire national. Des défilés et des manifestations arrosés çà et là par une pluie bienfaisante et rafraîchissante ont clôturé la traditionnelle « onzaine » consacrée aux jeunes camerounais. Bon an, mal an, voici la jeunesse camerounaise devenue soixantenaire et même sexagénaire. Elle « vieillit » bien et, de génération en génération, accomplit sa mission malgré les époques, les contextes, les difficultés et les obstacles susceptibles d’engendrer déceptions, découragement et incompréhensions. Les années passent, la jeunesse camerounaise brille, s’illustre positivement, résiste et reste « le fer de lance de la nation » qui ne rouille point. Chaque génération a ainsi apporté sa pierre au grand édifice de la construction nationale et du progrès. La célébration de cette 60ème édition revêtait un caractère particulier puisque se situant au lendemain d’une élection présidentielle très disputée et au début d’un septennat décisif.

A ceux qui doutaient de sa capacité à renouveler son discours face à ses jeunes compatriotes, Paul Biya a administré un cinglant camouflet. Résultat : le discours du 10 février 2026 restera dans l’histoire comme l’un des plus importants de cet exercice oratoire annuel auquel est astreint le Chef de l’Etat. Le ton n’est peut-être plus aussi vigoureux qu’il y a dix ou vingt ans mais le propos est toujours juste et la formule appropriée et incisive. Alternant la lecture de la version papier de son discours et le recours à la technologie du prompteur, Paul Biya a regardé ses jeunes compatriotes droit dans les yeux pour leur asséner ses vérités ; il a su se servir en même temps de la carotte et du bâton, papa poule qui aime bien et père fouettard qui châtie tout aussi bien ; « sugar dady » qui brandit des friandises au miel mais également rigoureux surveillant de classe ou censeur qui distribue de mauvaises notes et des sentences au fiel. Les jeunes n’avaient pas fini d’applaudir certains passages pleins de félicitations et d’éloges à leur égard qu’il leur tirait déjà les oreilles comme à de mauvais garnements pris la main dans le pot de confiture, à propos de « la délinquance, l’abus d’alcool, l’usage des stupéfiants, la dépravation des mœurs, l’usage excessif et abusif des réseaux sociaux, etc. »

N’en déplaise aux sceptiques de tous bords et aux contempteurs de tout poil, ce discours à la jeunesse du 10 février 2026 a apporté un air de fraîcheur à la météo politique nimbée de brouillard en cette période de canicule et de sécheresse. Et la nature l’a confirmé et y a contribué à travers la forte pluie qui a arrosé la capitale le matin du 11 février. Il ne reste plus qu’à observer les bourgeons qui sortiront de terre après ce 43ème discours présidentiel à la jeunesse et son impact sur l’environnement politique, économique et social des jeunes camerounais.

En attendant que les fruits tiennent la promesse des fleurs, que retenir de cette adresse à la jeunesse qui fera date ? Aux jeunes, Paul Biya a réaffirmé son engagement pris devant la nation en vue de la stabilité, de l’unité et de la prospérité du Cameroun. Il a renouvelé sa promesse en faveur de l’insertion des jeunes dans le monde du travail : « mon objectif est d’offrir au plus grand nombre d’entre vous la possibilité d’accéder à une formation de qualité, vous permettant, par la suite, non seulement de trouver des emplois, mais également d’en créer. »

Le septennat étant placé sous le signe des femmes et des jeunes, Paul Biya a égrené les opportunités offertes à ces catégories sociales : « j’entends veiller à ce qu’un plus grand nombre d’entre vous, hommes comme femmes, se voient progressivement confier des responsabilités élevées dans la gestion des affaires publiques. » Mais les annonces faites vont au-delà de la jeunesse : « le renouvellement, en préparation, des dirigeants des sociétés d’Etat, la formation du prochain gouvernement qui, je le sais, est très attendue, mais aussi la tenue des élections législatives et municipales. »

Et puis, sans avoir l’air d’y toucher, cette clarification forte au sujet du calendrier électoral que les camerounais scrutaient et espéraient comme une pluie en pleine saison sèche : « le calendrier afférent (à ces consultations électorales) devrait, au vu de certaines contraintes impérieuses, connaître un léger réajustement, dans le respect des dispositions pertinentes de nos lois, et tout particulièrement de la Loi fondamentale. »

Voilà qui est dit et bien dit : les élections législatives et municipales sont donc reportées en attendant la confirmation via les procédures légales ou réglementaires consacrées. Autre annonce qui va au-delà de la jeunesse : « je voudrais vous réitérer mon engagement à ne ménager aucun effort, pour créer les conditions les plus favorables à votre épanouissement. C’est le sens des instructions que j’ai données au gouvernement pour une action plus efficace de celui-ci. C’est le sens des réformes que j’entends engager prochainement en vue d’un meilleur fonctionnement de l’Etat ».

En quelques phrases sibyllines, Paul Biya relance l’intérêt et l’attention de ses compatriotes sur des questions d’intérêt national. Les supputations et les impatiences liées à l’attente d’un nouveau gouvernement ne sont pas renvoyées aux calendes… bantoues ; elles s’ajoutent maintenant au renouvellement des dirigeants des sociétés d’Etat et aux réformes en vue d’un meilleur fonctionnement de l’Etat.

Tous les regards sont à présent tournés vers la prochaine session parlementaire dont les travaux débutent le 10 mars. Du grand art politique ! En quelques touches et retouches, Paul Biya, le grand peintre impressionniste de la fresque Cameroun, tient en haleine ses compatriotes qui attendent de voir sa touche finale au tableau.

La onzaine de la jeunesse débutée dans les profondeurs de la forêt de l’Est à Gari Gombo s’est achevée par une ondée et comme par enchantement, un air de jeunesse et d’espérance souffle sur le Cameroun. C’est la magie de la jeunesse éternelle.

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