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La Politique

Pr Jacques Fame Ndongo : « Le Chef de l’Etat tient personnellement à cette reprise »

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Chancelier des Ordres académiques, revisite les contours et les conditions de la relance des concours d’entrée dans les écoles normales et les établissements des universités d’Etat autorisée par le Président Paul Biya.

L’Action : Monsieur le ministre, les jours qui viennent de passer ont connu la reprise des concours d’accès dans une dizaine de grandes écoles et établissements du système de l’enseignement supérieur. Comment s’est opérée la matérialisation de cette autre promesse du Président Paul Biya à la jeunesse camerounaise ?

Pr Jacques Fame Ndongo : Je voudrais tout d’abord remercier le journal L’action pour l’occasion qu’elle m’offre d’apporter quelques éclairages sur les concours d’entrée dans les Ens et Enset du Cameroun, après quelques années de suspension du recrutement des élèves-professeurs. Je tiens à relever que la relance des concours d’entrée dans les Ens et Enset n’est pas une simple promesse du chef de l’Etat, son Excellence Paul Biya. Elle a été annoncée comme chacun le sait à l’occasion de son discours historique de prestation de serment, le 06 novembre 2025, suite au renouvellement par le peuple camerounais souverain, de sa confiance au president de la République. La solennité de cette annonce en fait une directive, une Très haute instruction qui devient ainsi une composante de l’action du gouvernement, sous la coordination de son chef, Chief Dr Joseph Dion Ngute.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, le ministère des Finances et celui des Enseignements secondaires, devaient, dès lors, implémenter, chacun dans son domaine de compétence, cette annonce présidentielle. Madame le ministre des Enseignements secondaires a exprimé les besoins et les priorités de son département ministériel. Monsieur le ministre des Finances s’est prononcé sur la soutenabilité budgétaire de ce recrutement et le ministère dont j’ai la charge est appelé à veiller à la bonne organisation de ces concours et sur la qualité de la formation des apprenants.

Après la validation par Monsieur le Premier-ministre, chef du gouvernement, des quotas par établissement et par cycle de formation, le ministre chargé de l’Enseignement supérieur a signé des arrêtés portant ouverture desdits concours en prenant soin de donner la possibilité aux potentiels candidats de se présenter, s’ils le souhaitent, à plusieurs concours. C’est la raison pour laquelle ces concours ont eu lieu à des dates différentes.

La relance des concours d’entrée à l’Ens et l’Enset notamment s’accompagne d’une nouvelle configuration des curricula de formation des 2500 futurs enseignants. Qu’est-ce qui explique l’abandon des formations uniques par département pour des formations polyvalentes ?

Les politiques publiques sont dynamiques, y compris dans le sous-secteur de l’enseignement supérieur qui fait partie du secteur de l’éducation. Et comme vous le savez, c’est Monsieur le président de la République qui, constitutionnellement, définit la politique de la Nation. En fonction des contingences, les politiques évoluent. Hier, la stratégie consistait à aller dans une spécialisation pointue à outrance des formations dans les écoles normales (monovalence). Ainsi, le futur professeur d’histoire recevait une formation exclusivement axée sur cette discipline. Par conséquent, il ne pouvait en principe dispenser que les cours d’histoire. N’étant pas été formé en géographie ou en éducation à la citoyenneté, il était peu armé scientifiquement pour intervenir dans ces deux dernières disciplines, même lorsque le besoin se faisait sentir. Donc, le saucissonnage auquel on a été habitué a certainement ses avantages, mais aussi quelques inconvénients.

Dès la très grande annonce faite par le chef de l’Etat, le 06 novembre dernier, j’ai instruit mes collaborateurs d’envisager la concentration des disciplines affinitaires. Dans cette optique, des concertations curriculaires ont été organisées notamment avec les directeurs des Ens et leurs chefs de départements respectifs dans le but de convenir des curricula de formation pluridisciplinaires. Par cette concentration (qui induit la polyvalence), on forme un plus grand nombre d’élèves-professeurs sans alourdir gravement la masse salariale, surtout dans un environnement économique mondial très tendu. Cette concentration didactique permet de résoudre pragmatiquement des problèmes complexes qui se posent sur le terrain grâce à la polyvalence des enseignants. Au demeurant, ce travail de concentration va s’étendre aux Enset. 

L’opinion est néanmoins préoccupée de savoir si la formation de ces futurs enseignants sera sanctionnée par une intégration dans les effectifs de la fonction publique camerounaise, comme par le passait à une certaine époque.

 J’ai tantôt évoqué la division du travail gouvernemental, sous la haute coordination de Monsieur le Premier ministre. Comme pour les concours antérieurs, ceux qui ont eu lieu la semaine dernière ont bénéficié de la même attention et des mêmes exigences et prérequis. Ainsi, les Très hautes instructions du chef de l’Etat, transmises à Monsieur le Premier ministre chef du gouvernement, à travers le ministre, secrétaire général des Services du Premier ministre ont fixé le nombre de places ouvertes pour ces concours, validant ainsi les propositions réalistes faites par le ministre des Finances, compte tenu des contraintes budgétaires. Le ministre des Enseignements secondaires a été consultée pour l’expression des priorités à la lumière des besoins des lycées et collèges en termes d’enseignants. Le ministre chargé de l’Enseignement supérieur s’assure de la bonne organisation des concours dans la limite des places autorisées, une fois obtenu le visa des Services du Premier ministre. Voilà les variables classiques.

La question de l’intégration des futurs lauréats des Ens et Enset, si elle se pose, est d’abord juridique. Elle est encadrée par les décrets du président de la République qui organisent les neuf Ens et Enset. Le président de la République peut, toutefois, décider de la non-intégration directe des diplômés des Ens et Enset au cas où il en aurait convenance. Mais, au plan réglementaire les diplômés des Ens et Enset sont intégrés dans la Fonction publique. C’est une question qui ne relève pas de la compétence du ministre chargé de l’Enseignement supérieur.

Récemment vous avez suspendu le recrutement des auditeurs libres à compter de l’année académique 2026-2027. Dites-nous, monsieur le ministre, quelles sont les opportunités qui s’offrent à ces derniers formés durant la période des concours dans les Ens ?

Je rappelle que la suspension des recrutements dans les Ecoles normales était une mesure conjoncturelle destinée à affiner les flux des effectifs et à les arrimer aux impératifs de la soutenabilité budgétaire. Elle a eu pour conséquence de priver les enseignants de leurs charges pédagogiques réglementaires et les établissements d’une partie non négligeable de leurs ressources issues des droits universitaires. Pour faire face aux charges qui sont les leurs et permettre aux enseignants d’accomplir leurs missions didactiques, les Ens et les Enset ont procédé à des recrutements en masse des auditeurs libres. Avec la reprise des concours décidée par le chef de l’Etat, plus rien ne peut justifier la poursuite de leur recrutement à une échelle exponentielle.

Ceux qui sont déjà formés sont de diverses nationalités. Ceux des auditeurs libres, ressortissants des pays amis et qui ont fait confiance à notre modèle de formation ont naturellement regagné leurs pays respectifs. Un nombre considérable aurait pris, selon nos informations, le chemin de l’émigration. Des réflexions sont en cours pour l’employabilité de ceux qui sont restés sur place. Mais, d’ores et déjà, le chef de l’Etat a décidé de l’organisation, par le ministre de la Fonction publique et de la réforme administrative, d’un concours pour le recrutement à la Fonction publique de 1 000 titulaires des attestations de formation.

N’est-il pas envisageable que l’Etat imagine un mécanisme de soutien de l’enseignement supérieur privé afin qu’il puisse absorber une partie des enseignants formés en leur offrant des conditions plus décentes ?

L’Etat apporte déjà un appui substantiel à l’enseignement privé, en termes notamment de subventions. En dehors de quelques établissements privés qui se distinguent au regard de leurs performances aux différents examens officiels, Bepc, Probatoire et Baccalauréat, de nombreux établissements privés recourent à des mains d’œuvre bon marché sans qualification, à défaut de solliciter les enseignants des lycées et collèges qui interviennent comme vacataires.

En attendant l’aboutissement des réflexions engagées au niveau de l’Etat, les structures privées d’enseignement gagneraient en attractivité en recrutant les auditeurs libres dont la formation obéit aux normes et standards internationaux.

Quid de la relance des études doctorales ?

Dès l’annonce par le chef de l’Etat de cette décision fondamentale, j’ai saisi la hiérarchie (les services du Premier-ministre) qui m’a répercuté la Très haute orientation du chef de l’Etat : 600 doctorants pour l’année académique 2025-2026. Tout enseignant habilité à le faire ne peut encadrer que trois thèses concomitamment. Les Vice-chancellors et recteurs des universités d’Etat ont proposé des quotas par université d’Etat que la commission nationale de la formation médicale a validés. J’ai présidé une troisième réunion de ladite commission, mardi dernier, avec les chefs des institutions universitaires publiques. Ils signeront les listes des candidats retenus que je rendrai publiques au début de la semaine prochaine.

Interview : William Monayong

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