La forte pluie qui a abondamment arrosé Yaoundé hier en mi-journée n’a pas seulement rafraîchi et nettoyé la capitale, elle était également porteuse de grands bouleversements sur la météo politique camerounaise. Pendant que les rafales et les trombes d’eau déferlaient sur le mont Nkolnyada et que des coups de tonnerre descendaient du ciel, la foudre et la tempête s’abattaient sur l’Assemblée nationale et le Sénat du Cameroun. Députés et sénateurs des deux groupes parlementaires Rdpc dans les deux chambres se réunissaient séparément à quelques minutes d’intervalle dans la Salle Tripartite du Palais des Congrès selon une scénographie bien huilée et orchestrée. Premier acte : brève allocution pour l’ouverture de la séance par le doyen d’âge du groupe puis suspension des travaux. Deuxième acte : entrée et accueil du Secrétaire général du Comité central dans la salle, propos introductif de ce dernier pour rappeler les vertus et la nécessité du respect de la discipline au sein du Parti. Troisième acte : élection du bureau de chaque groupe parlementaire et installation dans la foulée. Quatrième acte : sous la présidence du président du groupe, lecture des noms des camarades investis à différents postes de responsabilité au bureau de chaque chambre et au sein des commissions générales de travail. Si l’heure était à la blague ou à la rigolade, on aurait dit que dans la salle, la lecture des « plis fermés » a été accueillie à chaque fois par des salves d’applaudissements et des tonnerres d’ovations, synonymes d’approbation et d’acclamation par les participants. Comprenne qui voudra.
Au terme des travaux, le verdict est tombé comme un couperet ou un coup de tonnerre en saison pluvieuse sous les tropiques : les présidents des deux chambres du parlement camerounais n’ont pas bénéficié de l’investiture du parti et sont donc remplacés. Un séisme. Un tsunami. Un véritable big-bang dans le microcosme politique camerounais. Les deuxième et troisième personnalités sur le plan protocolaire et institutionnel quittent donc leurs fonctions le même jour, un 17 mars 2026. Une page se tourne ainsi au Sénat où Marcel Niat Njifenji était le tout premier Président de la chambre haute depuis 2013, année du démarrage des activités de cette institution. Son départ coïncide avec la promotion d’une femme au poste de premier vice-président du bureau du Sénat. Il s’agit de Naomie Begala Mikel, élue du département de la Boumba et Ngoko dans la Région de l’Est. Un acte qui s’inscrit en droite ligne dans la vision du chef de l’Etat qui a placé son septennat actuel sous le signe de la promotion des femmes et des jeunes.
Le symbole et l’amplitude du séisme sont encore plus forts et remarquables à l’Assemblée nationale où l’inénarrable Cavaye Yeguié Djibril quitte le perchoir après trente-quatre années, sans interruption, de bons et loyaux services.
Une page se tourne. Un souffle nouveau se lève sur le Cameroun, annonciateur de qualité dans le changement et d’espérance. Il se double d’un nouveau souffle porteur d’une quantité d’énergie et d’un regain tant de vitalité que d’inspiration. L’impulsion est venue du Rdpc et elle n’a été possible que parce que le parti détient une forte et confortable majorité à l’assemblée nationale et au Sénat. D’où la nécessité de bien préparer les prochaines échéances dans l’ordre et la discipline pour la conserver, voire l’améliorer.
En une journée pluvieuse, la météo politique camerounaise a donc connu une accélération vertigineuse, un air de fraîcheur bienfaisante et une brise vivifiante. Comme un rainmaker, un prestidigitateur ou un chaman qui sort un gri-gri de sa besace, il a suffi d’un tour de passe-passe à Paul Biya pour faire baisser la pression et la tension. Avec ces prémices observées au niveau du Parlement, les Camerounais se sentent rassurés et attendent avec impatience la suite annoncée par le Président lui-même : le remaniement du gouvernement, les nominations des directeurs généraux au sein des entreprises publiques et parapubliques, la réforme des institutions et bien d’autres surprises. On vous avait prévenus dans ces colonnes la semaine dernière : cette première session parlementaire de l’année législative 2026 serait très spéciale. Nous y sommes ! Vivement les prochains épisodes !
