Le secrétaire permanent du Conseil national de la décentralisation est revenu sur les forces, mais aussi sur les défis à relever afin que le processus soit pleinement efficace sur le terrain.
Le diagnostic d’Evelyne Otsili Mendzogo est clair : le cadre juridique est désormais solide, mais le vrai défi est d’implémenter efficacement le processus dans les Ctd. Entre avancées majeures et difficultés persistantes, l’État du Cameroun affiche des forces indéniables, mais doit encore lever plusieurs verrous. Pour ce qui est des forces, le secrétaire permanent du Conseil national de la décentralisation a relevé que le cadre juridique est renforcé. En effet, l’État s’appuie d’abord sur une base légale jugée « claire et progressive ». Au-delà du cadre juridique, la force c’est aussi l’engagement constant du gouvernement, l’augmentation des dotations financières, l’élargissement du champ des compétences depuis 2019, l’avènement du Statut Spécial, et le renforcement de la participation citoyenne. L’État assure aussi le suivi-contrôle-évaluation, et peut même se substituer aux Ctd en cas de défaillance, pour garantir la continuité du service public.
Malgré l’engagement de l’Etat, le passage du juridique à l’opérationnel coince encore. On relève par exemple des difficultés d’appropriation et de moyens. Le premier frein est le déficit d’appropriation des compétences par les élus et les exécutifs locaux. À cela, s’ajoute le déficit en ressources humaines qualifiées. Beaucoup de compétences transférées restent peu ou pas exploitées faute de moyens financiers, matériels ou humains. On déplore aussi des lenteurs et des disparités dans le transfert effectif des ressources par l’État central et la mise à disposition des ressources, liées à une mauvaise évaluation du coût réel de l’exercice des compétences. Les risques de chevauchement sont ainsi à déplorer, car malgré la volonté de clarifier, des télescopages institutionnels subsistent. C’est le cas entre régions et communes sur la planification, ou entre communautés urbaines et communes sur l’urbanisme et la pré-collecte des ordures. L’État lui-même maintient certains projets centraux dans des domaines de compétence exclusive des Ctd. En somme, le message est sans ambiguïté : juridiquement, ce système est très avancé. Toutefois, son efficacité opérationnelle reste un chantier dynamique.
Line Tanké Njiké

