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L'Editorial

Des guerres lointaines mais si proches

Ukraine, Gaza, Israël, Iran, le nombre de foyers de tensions ne cesse d’augmenter à travers le monde. L’Afrique n’est pas en reste : Soudan, Sahel, Grands Lacs, Est de la République démocratique du Congo, avec la particularité que ces conflits afro-africains n’intéressent pas grand monde. Après avoir monopolisé l’attention et focalisé l’intérêt d’une partie de la planète, la guerre russo-ukrainienne est en passe d’être éclipsée par le conflit israélo-iranien. Avec les États-Unis dans le rôle de pyromane et de sapeur-pompier, de belligérant et de médiateur, cette guerre régionale est bien plus intéressante et vendable sur le plan médiatique et géopolitique que les bombardements de l’armée israélienne sur Gaza, n’en déplaise aux bien-pensants.

Chacun de ces conflits a sa logique et tous les peuples du monde peuvent en tirer des leçons et des enseignements en fonction de leurs propres intérêts et de leur vision du monde. Quoiqu’il en soit, il est clair depuis quelques années que les relations internationales sont de plus en plus dominées par la règle de la loi du plus fort. La politique de la canonnière tend désormais à remplacer les petits pas de la diplomatie et les militaires semblent avoir plus que jamais une bonne longueur d’avance sur les diplomates. À ce rythme, le droit des peuples à l’auto-détermination ne sera plus qu’une simple vue de l’esprit, un slogan creux.

Les Africains en savent quelque chose depuis la fameuse conférence de Berlin en…1884 qui décida en leur absence du tracé de leurs frontières. Ils ont par conséquent intérêt à rester attentifs et vigilants à tous ces conflits qui embrasent la planète. Ils ne peuvent pas avoir oublié à quel point la guerre en Ukraine a affecté leurs économies : crise céréalière, difficulté d’approvisionnement en engrais, etc. C’est avec beaucoup de chance qu’ils ont échappé aux troubles sociaux et aux émeutes qui auraient pu en découler. La situation se stabilise à peine que le foyer de tension ouvert entre Israël et l’Iran sous « l’arbitrage très intéressé et bienveillant » des Américains charrie sa part de menaces. En effet, il n’est pas exclu que l’une des conséquences à court terme de cette guerre soit un énième choc pétrolier avec une hausse vertigineuse des cours du pétrole. Comment se comporteront les économies africaines face à ces nouvelles menaces, elles qui se relèvent à peine des séquelles du covid et qui continuent encore à subir les effets de la guerre en Ukraine ?

Au-delà des aspects politiques, géopolitiques et diplomatiques de toutes ces crises, telle est l’urgence pour les pays africains : éviter autant que faire se peut les effets secondaires, les dommages collatéraux, les soubresauts socio-économiques de ces guerres géographiquement lointaines mais si proches par leurs conséquences multiformes. L’Afrique en a-t-elle les moyens et les ressources ? Elle a été embarquée dans la mondialisation sans y avoir été vraiment préparée pour être la cinquième roue du carrosse. Et curieusement, les initiateurs du projet sont les premiers à le dénoncer aujourd’hui. Va-t-elle rester au milieu du gué ?

Les Camerounais en particulier doivent se poser cette question à quatre mois d’une élection présidentielle cruciale. Dans un monde de plus en plus incertain, en perpétuel changement et truffé de dangers et de menaces en tous genres, il faut réfléchir par quatre fois avant de confier les rênes du pays au premier venu. Plus que jamais, l’expérience, la sagesse et une bonne connaissance des relations internationales seront nécessaires pour tracer un cap, définir les stratégies les plus efficaces afin d’échapper à tous ces requins qui rôdent autour de nos pays. Il n’est pas interdit de penser que l’expérience peut vaincre la force et le mal qui ont pris le monde en otage. Voulez-vous un dessin ?

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