Record battu : plus de 80 dossiers de candidatures déposés auprès de la direction générale de Elections Cameroon (Elecam) pour le scrutin du 12 octobre 2025 ! Du jamais vu ! Inflation inédite depuis le retour au multipartisme et la première élection pluraliste organisée au Cameroun en 1992. Les « verts pâturages » et les lambris dorés du Palais d’Etoudi font rêver de plus en plus de Camerounais qui se découvrent un destin présidentiel comme d’autres se déclarent voyants ou marabouts après une révélation ou une illumination nocturnes ! Faut-il pleurer ou rire de cette inflation de candidatures dont certaines, malgré le respect qu’on veut bien leur accorder, rappellent des personnages d’un cirque ? Avec leurs pitreries devant les caméras de télévision et sur le tapis rouge déroulé par Elecam, ces zouaves, ces guignols, ces clowns, ces charlots, ces farceurs et amuseurs publics d’un autre genre veulent-ils transformer l’élection présidentielle en Etoudi Comedy Show ? Qui parmi eux a pensé au coût de l’organisation d’un scrutin avec 80 candidats ? Savent-ils que la caution est remboursée à partir d’un score de plus de dix pour cent ?
Heureusement qu’ils ont encore à franchir le filtre du Conseil électoral et du Conseil Constitutionnel. Mais tout de même ! Et que l’on ne vienne pas nous parler de la vitalité de la démocratie camerounaise, des droits individuels et de la liberté de chacun à briguer un mandat électif. Dans le cas d’espèce, on n’est pas loin d’un outrage à la République ou à la fonction présidentielle. Rassurons-nous en disant qu’il restera, in fine, à peine une dizaine voire une quinzaine de « rescapés » après le tamis du Conseil électoral et du Conseil constitutionnel. En attendant, le mal est fait pour l’image de notre pays qui continue d’étaler à la face du monde ses tares et ses curiosités.
Un pays où les débats télévisés sont transformés en amphithéâtres et où les opinions de certains deviennent des dogmes ou des faits sacrés à force d’être répétés, ressassés et repris d’un plateau télé à un autre ; un pays où le droit est tordu, bafoué et violé au gré des intérêts du moment. Il en a été ainsi du débat ou de la polémique sur le fameux mandat impératif qui a été brandi comme le bouclier voire la panacée pour tous les candidats à la candidature mais dont le parti ne dispose pas d’élus comme l’exige la loi. Cette polémique s’est dégonflée comme un ballon de baudruche au moment du dépôt des candidatures, puisque ceux qui exhibaient et excipaient de ce concept l’ont abandonné en rase campagne.
Admettons qu’ils ont de la…fuite dans les idées car sans reconnaître leur défaite intellectuelle, ils veulent remettre ça au sujet d’une prétendue double candidature du Rdpc. Faut-il encore le leur rappeler ? L’élection présidentielle est différente des scrutins de liste en ceci que ce n’est pas le parti qui présente le candidat mais il porte sa candidature en lui accordant l’investiture selon les formes prévues par les textes de cette formation. À défaut de produire ce document dans le dossier, la candidature sera rejetée. Le trublion qui veut absolument porter les couleurs du Rdpc n’aura qu’à présenter son attestation d’investiture délivrée par une autorité compétente ou un responsable du Parti reconnu comme tel par les militants et les textes statutaires. Autant dire que sa démarche est vouée à l’échec.
En réalité, ces fausses pistes juridiques et polémiques soulevées à intervalles réguliers sont destinées à camoufler les contorsions, les hésitations, les reptations et les trahisons d’un candidat en particulier. Plus glissant et insaisissable qu’une anguille ! Il n’y a pas plus versatile et fluctuant que lui. Et dire que ses partisans veulent présenter ces changements et ces reniements fréquents comme des stratégies stratosphériques ! On se console comme on peut.
Quoi qu’il en soit, les électeurs observent avec attention ces attitudes qui renseignent à suffisance sur le caractère et la personnalité des candidats. Ils sauront, sans doute, sans rancune et sans faiblesse sanctionner dans le secret de l’isoloir ces comportements indignes de la fonction présidentielle.
