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Pr. Jacques Fame Ndongo : « La candidature du Présient Paul Biya est sans équivoque »

Dans une interview accordée à la chaine française, Rfi, le 7 juillet 2025, le ministre d’Etat, secrétaire à la Communication du Comité central du Rdpc, révèle quelques précisions sur la candidature du Président Paul Biya à la prochaine élection présidentielle.

RFI : Jacques Fame Ndongo, bonjour.
Pr. : Jacques Fame Ndongo : Bonjour

Nous sommes à trois mois de la présidentielle, et à la différence des autres grands partis politiques, le Rdpc au pouvoir n’a toujours pas désigné son candidat. Est-ce qu’aujourd’hui, vous pouvez nous en dire plus ?
Le candidat du Rdpc est désigné, article 27, alinéa 3 de statuts du parti. Que dit cet article : « Le président national du Rdpc est le candidat du parti à l’élection présidentielle ». Il est le candidat du Rdpc et je le dis de manière catégorique, c’est-à-dire qui ne laisse planer aucune possibilité de doute, d’équivoque ou de tergiversation. C’est absolu, c’est indiscutable, c’est net : il est le candidat.

Mais formellement, comment le Rdpc peut-il prendre une telle décision ? Est-ce lors d’un Congrès, est-ce lors d’un Comité Central, est-ce lors d’un Bureau politique ?
On n’a pas besoin d’un Congrès, on n’a pas besoin d’autres choses. Nous avons nos statuts, c’est le droit positif. C’est-à-dire l’article 27 des statuts du parti ne laisse planer aucun doute, le président national du Rdpc est…Le candidat de ce parti-là à l’élection présidentielle. Maintenant, on peut supputer, on peut gloser, on peut pérorer, mais voilà la réalité.

Donc, il y a zéro chance qu’il y ait un autre candidat du Rdpc à la présidentielle d’octobre ?
Nos statuts sont clairs. Pour être candidat du Rdpc à l’élection présidentielle, il faut être président national de ce parti. Or, je ne sache pas qu’il y ait un autre président national du Rdpc. C’est le président national du parti, Son Excellence Paul Biya qui est le candidat, c’est dans les statuts du parti.

Mais le chef de l’Etat a fait savoir ces derniers temps qu’il répondrait en temps voulu du parti qui lui demande d’être candidat. Il n’a pas encore formellement répondu à cet appel.
Je vous dis qu’il est candidat.

Mais qu’est-ce qui vous fait savoir qu’il est candidat, alors qu’il ne s’est pas encore exprimé lui-même ?
Parce qu’ayant critiqué toutes les sources, je puis vous affirmer, de manière péremptoire, qu’il est le candidat du Rdpc à l’élection présidentielle. Tout le reste, n’est que supputation.

C’est-à-dire que vous l’avez vu récemment ?
Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne saurais le faire. Mais je vous dis que j’ai procédé à toutes les critiques des sources, à toutes les vérifications possibles et réelles, sans évoquer la rumeur. Parce que la rumeur est comme nous le savons tous fantaisiste et inopinée. L’information que je vous livre est puisée à très bonnes sources, et c’est la vérité.

C’est-à-dire que c’est le Président lui-même qui vous a dit qu’il serait candidat ?
Je ne peux pas vous révéler ma source, mais je vous dis que le président de la République est candidat.
Ce que tout le monde a envie de vous demander, monsieur le ministre, est-ce que vous avez rencontré ces dernières heures le Président Paul Biya, et est-ce qu’à l’issue de cette rencontre, il vous a donné son accord pour que vous nous disiez ceci aujourd’hui ?
Je ne le dirais pas. Mais sachez qu’en 52 ans de haute administration, il m’est difficile de me jeter comme ça dans un tonneau de Danaïde, si je n’avais pas la certitude de ce que j’affirme. Je ne suis pas né de la dernière pluie, comme vous le savez bien.

Donc, vous avez puisé à la meilleure source ?
J’ai puisé à bonnes sources et j’ai pris la peine de critiquer mes sources, comme l’exige le métier que vous et moi, nous connaissons très bien.

Vous avez recoupé vos sources ?
Mais naturellement, ça va de soi, sinon comment puis-je prendre le « risque », mais là il n’y a aucun risque, le risque de venir parler comme ça, de manière apodictique. C’est que c’est bien vérifié, c’est bien recoupé, c’est clair, c’est net, pas de doute là-dessus.

Alors, formellement, monsieur le ministre, par quel canal le chef de l’Etat, va-t-il annoncer qu’il répond oui à l’appel des militants de son parti ?
Oui, il le fera. Vous savez qu’il est le maître du temps, de son temps, le temps présidentiel. Il le fera par le canal qu’il jugera le plus opportun. Mais sachez déjà, pour couper court à toutes les rumeurs et à toutes les supputations, sachez déjà qu’il est le candidat du Rdpc à l’élection présidentielle.

Mais pour couper court à tout ce que vous appelez les rumeurs, est-ce que le président n’a pas intérêt à s’exprimer rapidement dans les jours qui viennent ?
Il le fera en temps opportun, mais il le fera.

Par une déclaration écrite ou par une expression orale ?
On ne peut pas le savoir, mais je sais qu’il adoptera le canal qui lui semblera le plus approprié.

Ou par une interview via Rfi pourquoi pas ?
Mais on verra bien. Qui vivra verra.

Alors cela dit, sur Rfi, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a affirmé que rien n’était décidé concernant la candidature ou non du Président Biya à la présidentielle d’octobre. C’est du 50-50 a-t-il précisé.
Oui, là c’est l’Etat, moi je parle au nom du parti. Le président est le candidat du parti et je suis le porte-parole du parti.

Mais visiblement vous n’avez pas le même point de vue sur le cours des choses, puisque d’un côté, au nom du gouvernement, René Emmanuel Sadi, dit que c’est du 50-50, alors que vous, vous nous dites que c’est du 100 %.
Je vous donne la position qui est celle du parti. Elle est claire, elle est nette, elle est absolue : il est le candidat, c’est clair, c’est net.

Vous êtes quand même d’accord que ce sont deux points de vue divergents.
C’est vous qui le dites.

Et est-ce que cette divergence au sommet de l’Etat, entre le porte-parole du gouvernement et le porte-parole du parti, ça ne crée pas de la cacophonie au sommet de l’Etat camerounais ?
Il n’y a aucune cacophonie. L’un parle pour le gouvernement de la République et l’autre parle pour le parti au pouvoir. Il n’y a pas de parti-Etat.

Il n’empêche visiblement côté gouvernement et côté parti au pouvoir qu’on n’a pas le même point de vue des choses.
C’est vous qui le dites.

Par ailleurs, vous êtes ministre de l’Enseignement supérieur, vous êtes donc un collègue de René Emmanuel Sadi, est-ce que vos propos ne risquent pas être perçus comme une sérieuse entorse au principe de solidarité gouvernementale ?
Je parle au nom du parti et non au nom du gouvernement. Le ministre Sadi qui est un ami, un frère, parle au nom de l’Etat, au nom du gouvernement. Le secrétaire à la Communication du Comité central du Rdpc, parle au nom du parti au pouvoir. Il y a bel et bien une séparation entre l’Etat et le parti. Il n’y a pas de confusion entre l’Etat et le parti.

Vous ne parlez pas à titre personnel ?
Non ! Vous vous doutez bien que je ne puisse pas le faire à titre personnel. Ce serait incongru et même outrecuidant.

Alors vous nous dites que vous avez puisez à bonnes sources et vous nous dites cela quelques heures après les propos du porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, disant que c’était du 50-50. Est-ce à dire que suite à cette interview diffusée sur Rfi ce lundi matin, il y a eu une réaction au plus haut sommet de l’Etat, et que c’est suite à cette réaction que vous vous exprimez aujourd’hui ?
Non, c’est une coïncidence.

En tout cas, aujourd’hui, vous faites une mise au point.
C’est vous qui le dites.

C’est la première fois tout de même, monsieur le ministre que l’on voit une divergence sérieuse de points de vue entre le parti au pouvoir et le gouvernement, sur la question d’une candidature à venir du Président Biya. Est-ce que cela ne dénote pas un certain essoufflement, une certaine fragilité au sommet de l’Etat camerounais ?
C’est vous qui parlez de divergence. Moi je parle au nom du parti au pouvoir.

Certes, mais il y a bien cette divergence entre le porte-parole du gouvernement et le porte-parole du parti. C’est bien pour ça que je vous pose la question ?
C’est vous qui l’affirmez.

Il y a bien le porte-parole du gouvernement qui dit 50-50 et le porte-parole du parti qui dit le 100% ?
Oui, en tant que porte-parole du gouvernement, il a pris ses responsabilités pour l’affirmer. Moi, je prends les miennes en tant que secrétaire à la Communication du parti au pouvoir. Je ne critique personne. La solidarité gouvernementale existe bel et bien. Mais moi, je m’exprime au nom du parti au pouvoir.

Alors, cela dit, les propos du ministre René Emmanuel Sadi avaient été salués par les Camerounais qui souhaitaient un changement après 43 ans de présidence Biya à la tête du Cameroun. Est-ce que vos propos ne risquent pas de provoquer une grande déception chez tous ces Camerounais avides de changement ?
Je sais que des millions de Camerounais, et vous le savez très bien, demandent au Président Paul Biya d’être candidat. Ce qui crédite sa candidature d’une irréfutable légitimité, par-delà la légalité inhérente aux textes de base du parti. Je crois que le président de la République, en étant candidat, accepte donc la demande des millions de Camerounais, et vous le lisez tous les jours, vous voyez comment il y a des meetings partout. Ce sont des Camerounais et non des gens qui viennent de la lune. Et ils sont nombreux qui demandent au président d’être candidat. Alors, ceux qui ne veulent pas qu’il soit candidat, ils sont libres de le faire. Nous sommes dans une démocratie libérale. Il y a plusieurs offres politiques, ils peuvent en acheter telle ou telle autre. De toutes les façons, personnes ne peut nier que des millions de Camerounais demandent au Président Paul Biya d’être candidat. Et ils ne sont pas nécessairement du parti au pouvoir. Il y en a de la société civile.

Si le président se présente à l’âge de 92 ans, il aura donc 99 ans à la fin de son prochain mandat. Est-ce qu’à cet âge avancé, on peut encore diriger un Etat ?
Il dirige le Cameroun. C’est lui qui dirige, par-delà les rumeurs et les supputations.

Votre collègue, Issa Tchiroma qui vient de démissionner après 16 ans de participation au gouvernement dit le contraire. Il dit que le président est très absent, qu’il ne gouverne plus.
Il s’appuie sur des rumeurs, moi, je m’appui sur l’information. Et vous savez qu’entre la rumeur et l’information, il y a un abîme.

Pas seulement, monsieur le ministre, si vous me permettez, parce qu’il a été 16 ans ministre dans les derniers gouvernements du Cameroun, donc il a côtoyé le président pendant ces 16 années. Donc il peut parler aussi en tant que témoin ?
Ses opinions n’engagent que lui-même, pas le parti au pouvoir que je représente.

Sur le plan formel, monsieur le ministre, commet cela va se passer ? Le Président national, Paul Biya, va annoncer prochainement qu’il est candidat, est-ce qu’il y aura avant cette annonce ou après, une réunion formelle des instances du parti au pouvoir pour valider cette candidature ?
La candidature est déjà par les textes de base du parti. Le président national est le candidat du parti à l’élection présidentielle, article 27, alinéa 3. Le reste relève e la futurologie, qui comme vous le savez, n’est pas ma tasse de thé quotidienne.

Donc il n’y aura aucune réunion ni du Comité central, ni du Bureau politique du Rdpc ?
Je ne peux pas évoquer la futurologie, je vous parle au présent de l’indicatif, il est le candidat du Rdpc à l’élection présidentielle. Le reste relève du futur. Il fera ce qui lui semblera opportun, puisque c’est lui qui veille à la bonne marche du parti, article 27, alinéa 1 des statuts du parti.

Interview retranscrite par William Monayong

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