La campagne électorale est un moment intense et palpitant du rituel électoral qui lui-même est une étape incontournable du processus démocratique. Elle est toujours préalable à une élection. Au Cameroun, le rendez-vous est pris pour le 12 octobre en vue de l’élection présidentielle. Alors que nous nous avançons vers cette échéance fatidique et que les Partis politiques rivalisent déjà d’adresse dans la mise en scène du politique, un constat est fait : une certaine réticence pour les militants à arborer le pagne partisan et une certaine tiédeur militante lors des meetings qui ont cessé d’être des lieux d’animation politico-culturelle et même de défoulement militante. Ce qui menace la survie même des Partis politiques qui cessent d’être des organisations durables devant accompagner en la modernisant, l’ouverture démocratique dans un pays.
Le pagne partisan dont il est question ici est un tissu représentant les couleurs, les symboles et le portrait du leader politique en général le président du Parti. Dans une campagne électorale en vue d’une élection présidentielle, le pagne partisan peut être remplacé par un autre tissu à la seule effigie du candidat, l’avantage étant de ratisser large dans le cadre des alliances prenant la forme de la majorité présidentielle.
Le problème que pose notre réflexion est celui de la réticence dans le port du pagne partisan, laquelle s’accompagne d’une certaine tiédeur militante et débouche sur des meetings fades. Les raisons peuvent être : le manque de motivation de la part des militants ; l’environnement politique hostile qui les poussent à une certaine clandestinité militante et enfin une certaine prétention à la modernité politique génératrice de l’idée d’un Parti d’états major qui fait croire à certains responsables que plus ils montent dans la hiérarchie du Parti moins ils doivent être astreints au port du pagne partisan considéré comme devant servir à habiller les masses militantes.
Cette réflexion s’intéresse donc avec Paul Gassin, « aux usages du tissu partisan par les élites politiques, les militants et les simples citoyens comme un moyen d’éclairer la fabrique des Partis politiques et leur ancrage social ». S’intéressant à la fabrique des partis et la participation politique des femmes des classes populaires au Malawi, Paul Gassin nous rappelle que « le pagne est devenu un objet incontournable du rituel électoral ». Le pagne est un marqueur politique, un outil de mobilisation politique, un puissant symbole d’identification et de participation politique. C’est un support doctrinal qui transporte une identité visuelle transposée sur un tissu. C’est un instrument d’identification et de communication politique. Chaque pagne contient ce que l’on pourrait qualifier d’ADN idéologique du Parti c’est-à-dire les éléments qui ont contribué à sa formation. Le pagne est un symbole de loyauté des militants envers leur Parti et le régime, s’il s’agit d’un Parti au pouvoir. On attend des porteurs de pagne qu’ils fassent exister le Parti au quotidien dans l’espace public et qu’ils fassent sa publicité surtout en période de campagne électorale. Le port du pagne partisan par certaines icônes peut servir d’un puissant levier de recrutement parce que créant un effet d’identification chez la population.
Le Rdpc aussi
Alors qu’on entre en campagne électorale, il devient évident que la hiérarchie du rassemblement Démocratique du peuple Camerounais (RDPC) a pris bonne conscience de cette situation et s’emploie à y remédier. Nous en voulons pour preuve, cette sortie du Secrétaire à la Formation Politique et à la Prospective lors de la réunion de la commission nationale de campagne élargie aux présidents des commissions régionales, spéciales et départementales, tenue au palais des congrès ce 23 septembre 2025. Paul Célestin Ndembiyembe recommande : « Notre campagne est une campagne d’affichage. C’est une campagne qui est d’abord psychologique. La victoire attendue le sera par la manière dont nous allons nous présenter à nos électeurs. Il faut toucher les gens par le code vestimentaire du milieu ».
C’est à une véritable représentation électorale avec lui-même comme acteur principal que le Pr Ndembiyembe a offert à ses camarades. Prêchant par l’exemple, il a enfilé une chemise taillée dans le pagne du candidat Paul Biya, des basquets blanches et une casquette bien visée sur sa tête. A l’aide d’un « Hoofer » qui distillait une chanson à la gloire du candidat, à l’image des vendeurs du « Baume François » qu’il n’a pas hésité à citer en exemple, il a parcouru la salle pour montrer comment il faut haranguer les foules lors des meetings. Il a ainsi lancé : « Paul Biya » et l’assistance a répondu « victoire », il a répété trois fois et à la fin l’assistance devait dire « victoire », victoire », « victoire » (3 fois). Cela a donné une bonne ambiance de meeting. Il a fallu un peu de temps à l’assistance pour comprendre cette véritable métamorphose du Conseiller du Secrétaire Général du Comité central mais à la fin, ils ont compris qu’on était en train de tourner une page dans les formes d’expression du militantisme au RDPC.
Les nouvelles formes d’expression du militantisme dans le RDPC doivent absolument intégrer le port systématique du pagne partisan pendant les meetings et même en dehors. Les organisateurs des meetings du RDPC doivent s’assurer de la présence des mascottes qui savent donner la couleur et la chaleur à l’expression militante.
Par Dr Etienne Tayo Demano, Analyste politique
