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L'Editorial

Faiseurs de rois

À chaque élection présidentielle au Cameroun, le serpent de mer du « candidat unique » rode toujours et hante l’opposition camerounaise comme un fantôme. Le scrutin du 12 octobre prochain n’échappe pas à cette règle devenue un cercle vicieux et vicié. C’est le feuilleton qui cartonne en ce moment. Depuis des mois, ceux qui veulent diriger le Cameroun et se présentent comme les chantres absolus et exclusifs de son unité nationale ne parviennent pourtant pas à s’entendre sur la stratégie à mettre en place pour créer une coalition gagnante; encore moins à désigner un candidat unique. Ils tournent donc en rond et s’épuisent dans la sémantique. Ils parlent tantôt de plateforme, de coalition, de mutualisation des efforts et des ressources, de candidat consensuel ou unique mais aussitôt publié le communiqué annonçant la trouvaille de l’oiseau rare, contre-communiqués, déclarations, contestations, mises au point et démentis se suivent et s’enchaînent à un rythme où même le plus attentif ou le plus discipliné des électeurs finit par se perdre en conjectures.

      Dans le langage imagé et fleuri des peuples de la forêt, on a coutume de dire que si tu te retrouves deux fois au pied du même arbre, cela signifie que tu t’es égaré. À l’aune de cette sagesse ancestrale, il est aisé de conclure que l’opposition camerounaise est irrémédiablement perdue depuis des décennies. Et personne ne peut plus la sauver. Maladie incurable. Même les faiseurs de rois qui s’agitent et vendent leurs boniments au peuple comme jadis les diseurs de bonne aventure n’y peuvent rien. A chaque élection présidentielle à laquelle ils se gardent eux-mêmes d’être candidats, ils sortent du bois et à coups de messes de minuit, de tractations, de rétractations, de reniements et de renoncements, ils proposent leur recette-miracle, leur panacée-fétiche: la grande coalition; la candidature unique ou consensuelle. Leurs échecs répétés ne les font nullement douter ou reculer. Ils savent en leur for intérieur que ça ne marchera jamais mais ils s’entêtent, délivrant leurs ultimatums comme des oracles ou des dogmes. Trop facile d’accuser le RDPC et le régime de leur mettre les bâtons dans les roues quand chaque leader se voit plus beau et plus fort et rêve depuis plusieurs années d’être calife à la place du calife. Qui a osé parler de narcissisme?

       Au Cameroun, pays où l’élection présidentielle se déroule pourtant au suffrage universel direct à un tour, certains leaders politiques entendent résolument s’ériger en grands électeurs. Ils ont décidé de mettre le peuple souverain entre parenthèses et de choisir à sa place le ou les meilleurs candidats. Pendant ce temps, pas un mot sur les programmes et les projets. Le charisme, la compétence et l’expérience du « candidat unique » devraient suffire pour convaincre l’électeur, se disent ces faiseurs de rois. Échec et mat! Bis repetita placent! Plus ils échouent, plus ils persistent et veulent absolument réussir leur petit numéro de bonneteau. Tant pis pour les dupes!

   Comme si cela ne suffisait pas, voilà que cette année un ancien tireur autoproclamé de penalty qui manqua lamentablement son essai en 2018 est courtisé par tous et de partout pour être à la fois le sélectionneur et l’entraîneur de tous ceux qui veulent marquer le tir au but victorieux et historique face à Paul BIYA. Les mêmes causes produiront sans doute les mêmes effets. À défaut d’être rois eux-mêmes, certains pourront au moins s’enorgueillir, au sortir de cet épisode, avec le titre de faiseurs de roi. Chacun se console comme il peut.

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