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L'Editorial

Encre indélébile

Des millions de Camerounais ont voté dimanche dernier pour choisir le président de la République, celui-là même qui présidera aux destinées du Cameroun pour les sept prochaines années. Le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme, la sérénité et la tranquillité. Mention bien à Elecam pour l’organisation matérielle du scrutin. L’arbitre était à la hauteur du jeu et de l’enjeu. La preuve : trois jours après le scrutin, de nombreux électeurs ont encore le doigt noirci à l’encre indélébile. Les observateurs nationaux et internationaux ne s’y sont pas trompés qui se sont abstenus de critiques bruyantes et fantaisistes sur cet aspect. Personne n’effacera ce satisfecit.

Le scrutin s’est donc bien déroulé ; le peuple souverain a fait son choix et il sera dévoilé dans quelques jours. Ce moment restera gravé dans la mémoire collective et l’histoire politique du Cameroun. En attendant le verdict des urnes, l’heure est à la centralisation et à la compilation des résultats au niveau des commissions départementales de supervision et à la préparation des recours devant le conseil constitutionnel pour les candidats et les partis qui s’estimeraient lésés dans leurs droits. Ils ont jusqu’à ce mercredi pour agir. Les autres étapes du processus sont connues : acheminement des procès-verbaux pour décompte auprès de la Commission Nationale de Recensement Général des Votes, examen des requêtes, audiences et plaidoiries devant le juge constitutionnel puis proclamation solennelle des résultats par l’organe compétent en la matière.

Tous les acteurs électoraux connaissent par cœur ce parcours légal et institutionnel ; le Rdpc en premier parce qu’il est un parti légaliste et qu’il disposait pour ce scrutin de représentants et scrutateurs dans les trente-et-un mille bureaux de vote disséminés à travers tout le territoire national. D’où viennent alors l’agitation d’un candidat en particulier et son outrecuidance qui le poussent à se déclarer vainqueur deux jours seulement après le scrutin alors qu’il n’a pas encore tous les procès-verbaux ? À croire que le précédent de 2018 n’a pas assez inspiré certains acteurs de la classe politique. L’élection présidentielle peut être un révélateur de caractère, un catalyseur de carrière, ou un accélérateur de destin mais elle peut aussi devenir la tombe des débiles, des impatients ou le cimetière des ambitieux.

Depuis qu’ils ont voté librement et sereinement dimanche dernier, les électeurs attendent calmement et avec confiance le résultat des urnes dans le strict respect des lois. En-dehors de quelques affidés qui s’agitent sur la toile, de zélés toujours plus royalistes que le roi ou des éternels apprentis-sorciers, les Camerounais vaquent tranquillement à leurs occupations.

Dès lors, les contorsions d’un candidat et de ses supporters apparaissent davantage pour ce qu’elles sont : du bluff, de l’esbroufe, de l’enfumage emballés dans du paquet-cadeau avec des ficelles d’une communication digne du café du commerce. Il ne faut point confondre grandiloquence et élégance. La boursouflure et l’enflure comme pendentif, quel beau cliché !

Ils vont jusqu’à demander voire à exiger du président sortant un coup de fil et des félicitations au vainqueur auto-proclamé. Si cela devait arriver, alors ça se fera dans les règles de l’art. Pour l’instant, un peu de patience et de décence, pardi !

De la même manière que l’encre du scrutin reste encore visible sur le petit doigt des électeurs trois jours après les élections, gravons de manière indélébile dans nos mémoires que le processus électoral qui a commencé dans le strict respect de la loi, s’achèvera dans les mêmes conditions. La loi est dure mais elle reste la loi pour tout le monde : ceux dont les candidatures ont été rejetées et qui l’ont accepté de gré ou de force, tout comme les perdants de l’élection. Il n’y aura ni tolérance ni exception.

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