Il y a sept ans, dans la fièvre post-électorale de 2018, Issa Tchiroma Bakary, alors allié politique fidèle du président Paul Biya, tonnait avec assurance contre Maurice Kamto. Le leader du Mrc venait de se déclarer vainqueur de l’élection présidentielle sans attendre la proclamation officielle des résultats. Pour Tchiroma, cette attitude frôlait l’imposture. Il exigeait alors, dans un discours aux accents de rigueur méthodologique, que « tout compétiteur sérieux » justifie sa revendication avec « la liste de ses 50 000 représentants dans les 25 000 bureaux de vote ». Faute de quoi, martelait-il, toute proclamation de victoire serait entachée de mauvaise foi. Kamto était donc, selon lui, un « mauvais perdant ».
Mais l’histoire a parfois le goût piquant de l’ironie. Octobre 2025. Sept ans plus tard, le même Tchiroma, devenu le deuxième président de la république de Facebook, s’illustre dans une posture étrangement semblable à celle qu’il fustigeait autrefois. Se plaignant aujourd’hui de fraudes, évoquant des pressions et des irrégularités, le voici qui remet en cause les résultats d’un scrutin… sans pour autant présenter la liste de ses 50 000 représentants, (62 000 représentants cette année) ni le procès-verbal d’un quelconque bureau de vote.
Alors, Issa Tchiroma prophète ? Avait-il entrevu, en 2018, les dérives dans lesquelles il tomberait lui-même sept ans plus tard ? Ou s’agit-il simplement d’un tournant de plus dans le parcours d’un homme politique passé maître dans l’art de la manœuvre, de l’imposture et du grand écart rhétorique ?
La vérité, c’est qu’en politique, les convictions sont parfois à géométrie variable. Et les principes d’hier peuvent devenir gênants quand l’effet miroir s’impose avec brutalité. En revisitant ses propres déclarations de 2018, Tchiroma pourrait bien découvrir qu’il s’est lui-même coupé la parole. Et que ses propos d’alors, d’une clarté implacable, sont aujourd’hui une condamnation sans appel… de son propre discours.
Ironie de l’histoire ou justice poétique ? À chacun de juger. Mais une chose est sûre : quand les archives parlent, elles n’épargnent personne : « le Cameroun est un usufruit, nous en avons tous le droit de jouissance, mais personne n’a le droit de le mettre à feu et à sang », dixit Issa Tchiroma Bakary.
Serge Williams Fotso
