Du 9 au 13 février prochain, Yaoundé sera le carrefour continental des solutions concrètes pour l’accès universel aux ressources hydriques et aux infrastructures sanitaires.
Au Palais des congrès de Yaoundé, l’Afrique s’apprête à parler d’une seule voix. La 23ème édition du Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (Aaea) réunira, pendant cinq jours, plus de 40 pays et près de 237 membres actifs du secteur. Sous le thème « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique », ce rendez-vous continental entend dépasser les déclarations d’intention pour poser les jalons d’une coopération technique et politique renforcée.
Les enjeux sont colossaux. Selon les estimations de l’Aaea, près de 400 millions d’africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, tandis que les systèmes d’assainissement restent déficients dans de nombreuses capitales. Face à ce constat, l’association, présidée par Dr Blaise Moussa, veut transformer ce congrès en plateforme de solutions. Objectif : mutualiser les expériences, harmoniser les politiques publiques et mobiliser les financements indispensables, afin d’accélérer la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (Odd) relatifs à l’eau et à l’assainissement. « L’heure n’est plus aux discours répétés, mais à la définition de priorités politiques claires, à la construction de partenariats financiers solides et à la valorisation d’innovations technologiques capables de transformer durablement le secteur », a déclaré Dr. Blaise Moussa, président de l’Aaea et directeur général de la Camwater. Il insiste sur la nécessité de faire de ce congrès une véritable plateforme stratégique.
Yaoundé, capitale politique du Cameroun, se prépare ainsi à accueillir délégations ministérielles, opérateurs publics, entreprises privées, chercheurs et Ong. Les sessions plénières mettront en lumière des projets pilotes menés au Rwanda, au Sénégal ou encore en Afrique du Sud, où des innovations technologiques et des partenariats public-privé ont déjà permis d’améliorer sensiblement l’accès aux services essentiels. Les stands d’exposition offriront, quant à eux, une vitrine des dernières avancées en matière de traitement de l’eau, de gestion des boues de vidange ou de digitalisation des réseaux.
Mais outre des démonstrations techniques, c’est bien la dimension politique qui retiendra l’attention. Car l’Aaea veut faire de ce congrès un moment de « tir groupé » des pays africains : une mobilisation collective pour peser davantage dans les négociations internationales sur le climat et le financement des infrastructures. Idée : seule une action concertée permettra de surmonter les défis transfrontaliers, qu’il s’agisse du partage des bassins fluviaux, de la gestion des nappes phréatiques ou de la lutte contre les pollutions industrielles.
Dans un contexte où les crises hydriques menacent la stabilité sociale et économique, l’événement de Yaoundé se présente comme une étape décisive. Les organisateurs promettent des résolutions fortes, susceptibles d’influencer les politiques nationales et de renforcer la coopération régionale.
Si l’Afrique réussit à transformer ce congrès en levier d’action, elle démontrera à coup sûr que l’eau et l’assainissement ne sont pas seulement des besoins vitaux, mais aussi des instruments de souveraineté et de développement partagé.
Charles Ebode
