Deux hautes personnalités, militants du Rdpc bon teint, ont été libérées le week-end dernier après avoir purgé de longues peines de prison dans le cadre de ce que la saga populaire désigne depuis plusieurs décennies comme « l’opération Épervier ». Cette appellation n’a jamais reçu un brevet d’authenticité officiel mais elle est désormais consacrée dans le jargon camerounais. D’ailleurs, le nom importe peu puisque c’est l’objectif recherché qui devrait retenir l’attention : lutter contre la corruption et les détournements de deniers publics, leviers de la politique de moralisation prônée par le Président Paul Biya depuis son accession à la magistrature suprême du Cameroun.
Pendant plusieurs années, les Camerounais exprimèrent leur scepticisme sur la volonté réelle du chef de l’Etat à lutter contre ces fléaux. Or ce dernier avait déclaré à plusieurs reprises qu’il préférait commencer par la pédagogie avant de passer à la phase répressive, fustigeant à longueur de discours les « bandits à col blanc » ou les prévaricateurs devant « rendre gorge ». Lorsque le glaive de la justice commença à s’abattre sur quelques gestionnaires de la fortune publique, y compris des proches collaborateurs du chef de l’Etat, les mêmes Camerounais qui dénonçaient l’impunité et le laxisme se mirent à parler de purge, d’épuration politiques destinées à éliminer de potentiels candidats à la succession ou des adversaires du Président Paul Biya tapis à l’intérieur du système.
Cela n’empêcha pas la poursuite de l’opération, parfois contre vents et marées.
Deux décennies plus tard, l’épervier a pris dans ses serres de nombreux Camerounais dont de très hauts commis de l’Etat parmi les plus puissants du sérail qui se croyaient intouchables. Certes, quelques procédures ont été entachées de graves irrégularités et de sérieuses dérives qui auraient pu être évitées et compromettre sa crédibilité. Mais cela n’enlève en rien la pertinence et le bien-fondé de cette opération de salubrité publique. La vision et la volonté politiques du Président Paul Biya se sont traduites par des actes forts et des décisions courageuses qui auraient pu ébranler le Renouveau dans ses fondations. Il n’en a rien été.
Au fil des ans, les mis en cause ont connu des sorts divers : certains sont acquittés purement et simplement pour faits non établis, d’autres sont décédés en détention, la plupart ont été reconnus coupables et condamnés à de longues peines privatives de liberté proportionnelles aux crimes économiques commis. Au terme de ces peines, ils sont libérés comme le week-end dernier. D’autres encore ont été élargis, soit pour des raisons de santé, soit pour des motifs inconnus du grand public sur lesquels la justice n’a pas cru devoir communiquer, semant un peu plus le trouble dans les esprits des Camerounais. D’autant plus que dans la plupart de ces procédures, la restitution du corps suscite des polémiques. Autant de zones d’ombres qui font dire à une certaine opinion et une partie de la classe politique que l’opération Épervier a du plomb dans l’aile. Quel aplomb et quelle mauvaise foi de de leur part !
Une chose est certaine : en dépit des dysfonctionnements constatés, des lenteurs et des retards ainsi que des insuffisances réelles ou supposées, la lutte contre la corruption et les détournements au Cameroun doit se poursuivre. C’est une condition sine qua none du développement du Cameroun. Le président l’a d’ailleurs rappelé dans son discours à la jeunesse le 10 février dernier. Autrement dit, là où les camerounais voient une opération plombée de toutes parts, Paul Biya garde son aplomb et maintient le cap. Comme d’habitude, certains Camerounais vont continuer d’insinuer le doute dans les esprits à l’instar de ce journaliste qui me demandait lundi si les remerciements et le soutien exprimés au président de la République par l’un des prisonniers libérés le week-end dernier n’embarrassaient pas le régime. Pourquoi et en quoi Paul Biya devrait-il être tenu responsable du soutien d’un camerounais tout juste sorti de prison ? Lui ai-je rétorqué ?
Un ancien chef de délégation permanente départementale du Comité central du Rdpc peut en témoigner : à sa sortie de prison il y a quelques années, il avait cru qu’il pouvait reprendre tranquillement ses activités et ses responsabilités au sein du Parti. Il a été exfiltré poliment mais fermement. Le Rdpc et son président national n’ont pas la mémoire courte et continuent de faire confiance à la justice camerounaise.
