À l’approche du mois sacré, les marchés de Yaoundé reflètent une stabilité relative malgré des pressions persistantes sur les prix, fruit des politiques publiques de régulation, d’efforts pour maîtriser l’inflation et d’initiatives de soutien aux consommateurs.
Fatima veuve ménagère de la capitale, n’a jamais abordé le Ramadan avec autant de sérénité. À deux jours du début du jeûne, cette mère de famille de 45 ans ne cache pas sa détermination : carnet en main, elle calcule, anticipe, organise. Au marché Mokolo, les tomates s’empilent en pyramides rutilantes, les vendeurs interpellent les passants, mais c’est son calme qui frappe. Là où l’inquiétude dominait les préparatifs les années précédentes, cette fois, la confiance s’installe. Cette confiance trouve son origine dans un contexte économique légèrement apaisé.
Les dernières données de l’Institut national de la statistique indiquent que l’inflation, bien qu’encore au-dessus du seuil communautaire de la Cemac, poursuit sa baisse. En 2025, elle s’est établie autour de 4 %, portée par les hausses des produits alimentaires et des transports, mais en recul par rapport aux années précédentes. Pour les ménages, c’est une respiration, même timide, dans un quotidien marqué par la vigilance budgétaire. « Les prix sont plus stables cette année », confirme Ahmadou Bouba, commerçant de céréales depuis vingt ans. « Le kilo de riz reste relativement abordable, et les familles semblent mieux préparées ». Sur le terrain, cette stabilité se traduit par une demande plus maîtrisée et des approvisionnements moins erratiques, même si certains produits demeurent sensibles aux aléas saisonniers.
Le riz et les céréales de base tiennent le cap, mais les produits frais restent plus volatiles. Les tomates, par exemple, connaissent encore des variations de prix et de disponibilité, reflet des contraintes logistiques et des coûts de production.
À Mvog Atangana Mballa, marché spécialisé dans les légumes, l’abondance est plus visible qu’ailleurs : un signe de la vitalité des périmètres maraîchers autour de Yaoundé. La production locale progresse, mais ne couvre pas encore tous les besoins des ménages urbains.
Les autorités, conscientes des tensions persistantes, multiplient les initiatives. Ventes promotionnelles, contrôles renforcés des circuits de distribution : autant de mesures destinées à éviter les flambées injustifiées à l’approche des périodes de forte consommation.
Pourtant, tout n’est pas réglé. La viande et certains produits de consommation courante restent chers, et l’accès à une alimentation diversifiée demeure difficile pour les foyers les plus modestes. Si l’inflation recule, les pressions sur le panier de la ménagère ne sont pas totalement levées.
Et Fatima le sait bien. Son carnet, qu’elle remplit ligne après ligne, n’est pas seulement un outil de calcul : c’est une arme contre l’incertitude. Cette année, elle espère que son organisation lui permettra de traverser le mois sacré sans les angoisses des années précédentes.
Charles Ebode
