Fin de la première semaine à Fuzhou, capitale de la province du Fujian située dans le Sud-est de la Chine continentale. Fuzhou, fournaise climatique et humaine de plus de cinq millions d’habitants, dans une région qui en compte près de quarante millions. En Chine, les chiffres donnent toujours le tournis car ils ont quelque chose d’extravagant, d’hyperbolique et de démesuré. Fuzhou, point de départ des « routes de la soie » est l’une des portes d’accès à la Chine et l’un des premiers contacts avec la civilisation occidentale et au commerce international car située sur la côte non loin de Guangzhou, jadis appelé Canton. Fuzhou, presque dressée face à Taïwan, ex-Formose, et juste séparée de cette île par le détroit du même nom ; poste d’observation par excellence de l’un des enjeux majeurs de la politique étrangère de la Chine et de sa géopolitique internationale. Taïwan est à la Chine ce que fut Cuba pour les Etats-Unis : une épine. Encore que pour Pékin, Taïwan reste et demeure une province chinoise. En dehors des États-Unis d’Amérique, très peu de pays dans le monde se risquent à reconnaître la souveraineté de cet « État » fondé par les nationalistes chinois en 1949 à la suite de leur défaite en Chine continentale par Mao et ses compagnons communistes. En Afrique, un seul pays fait encore de la résistance face à la grande et toute puissante Chine : l’Eswatini, ex-Swaziland.
Pendant que les Camerounais, riches de leurs trois cent partis politiques, s’étripent et se crêpent le chignon au sujet de la prochaine élection présidentielle, il est intéressant d’observer à quel point les préoccupations et les priorités des habitants de Fuzhou en particulier et ceux de la Chine en général sont aux antipodes de celles des compatriotes de Paul Biya. Ici, on compte un parti dominant et huit autres « partis » et l’on parle davantage d’ordre, de sécurité, de progrès, d’intelligence artificielle, de discipline, de produit national brut par habitant. Ici l’on parle beaucoup du Président Xi Jinping puisqu’il a débuté sa carrière dans cette ville et cette région, gravissant les marches du pouvoir une à une jusqu’à la dernière et la consécration nationale à Beijing comme secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine.
Ici, l’on est nostalgique mais surtout fier de ses réalisations et sa vision continue d’inspirer les dirigeants provinciaux actuels qui ne manquent aucune occasion de lui rendre hommage et de le citer comme une référence. Ne leur parlez surtout pas de culte de la personnalité. Pour eux, c’est normal, tellement son bilan est éloquent et élogieux. Fuzhou est une ville moderne, avec des infrastructures et des équipements de dernière génération, une cité en pleine expansion aux perspectives plus que prometteuses adossées sur un plan d’aménagement du territoire et une planification ambitieuse.
Pendant ce temps, au Cameroun, ceux qui veulent succéder à Paul Biya se disputent le leadership et personne ne propose rien de bon et de concret au peuple camerounais. Tout se passe comme si tout le monde veut être président de la République. Mais pour faire quoi ? Être calife à la place du calife ? Les Chinois, dirigeants comme citoyens ordinaires, aiment vous rappeler avec fierté que leur pays s’est donné du temps pour atteindre ses objectifs de développement et a choisi son propre modèle politique, social et culturel en préservant les « caractéristiques chinoises ». À cet égard, ils sont nombreux ici à estimer, sans le dire à haute voix, et en s’excusant presque, que les pays africains feraient mieux de s’inspirer du modèle chinois plutôt que de copier le système démocratique occidental, pas du tout adapté à leurs réalités.
J’entends déjà les grands cris d’orfraie que ne manqueront pas de pousser certains Camerounais mais, tout en admettant que comparaison n’est certes pas raison, le moment est peut-être venu de se poser de bonnes questions : la démocratie telle que nous la pratiquons garantit-elle le progrès ? Est-elle un obstacle, un frein ou un accélérateur de développement ? Paul Biya a choisi la voie démocratique pour le Cameroun mais malgré ses efforts, elle a tendance à se transformer en une querelle de village, de tribus, d’ethnies ou de clans. Et pourtant, il l’a voulue aussi apaisée que possible mais la prospérité se fait encore désirer par la grande majorité.
L’élection présidentielle ne se prête sans doute pas à un tel exercice introspectif mais elle peut servir de point de départ, de rampe de lancement à un débat de fond. Malheureusement, les candidats sont totalement obsédés par la longévité de Paul Biya au pouvoir et chacun se voit déjà assis sur le fauteuil présidentiel. Or ce n’est pas la durée au pouvoir qui compte, mais les avancées réalisées pour le progrès et le bien-être des populations.
Il n’y a pas pire sourd que celui qui refuse d’entendre et pire aveugle que celui qui refuse de voir…
