Au terme de quatre jours d’intenses travaux, le 23ème Congrès de l’Aaea-Afwasa s’est clos à Yaoundé, sur un ultimatum lancé aux décideurs : l’heure n’est plus aux discours, mais à la transformation immédiate des engagements en infrastructures tangibles.
C’est un vent nouveau, mêlé d’impatience et de pragmatisme, qui a balayé le palais des Congrès de Yaoundé le 12 février dernier. Le rideau est tombé sur le 23ème Congrès international et exposition de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (Aaea-Afwasa), mais pour les 2 000 participants issus de 52 pays, le « vrai travail » ne fait que commencer. Réunis sous le thème « eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique », délégués, experts et partenaires techniques ont posé un diagnostic sans complaisance : avec plus de 400 millions d’africains privés d’eau potable, le statu quo est un luxe que le continent ne peut plus se permettre.
Verdict : il faut passer de la stratégie à l’exécution. « Le véritable défi commence maintenant », a martelé Dr Blaise Moussa, président de l’Aaea et directeur général de la Camwater. « Yaoundé n’est pas une fin, mais un point d’élan », a-t-il ajouté. Un élan que les participants veulent structurés et irréversible. Sur la table des négociations, des avancées majeures ont été actées. La plus importante d’entre elles est sans doute la reconnaissance institutionnelle de l’Aaea en tant que bras exécutif du conseil des ministres africains chargés de l’eau (Amcow) et de l’Union africaine. Cette consécration permet désormais à l’association d’harmoniser les politiques nationales et de peser sur les agendas continentaux avec une légitimité renforcée.
Mais outre la gouvernance, le congrès a misé sur la technologie comme levier d’accélération. Face au défi climatique et à l’explosion démographique, les experts ont plaidé pour une intégration massive de l’intelligence artificielle et des outils numériques dans la gestion des réseaux. Objectif : réduire les pertes d’eau non facturées, anticiper les pénuries et sécuriser l’approvisionnement, en particulier dans les zones rurales et périurbaines, véritables angles morts des politiques actuelles. Le salon des exposants, qui a réuni 104 entreprises, a d’ailleurs démontré que des solutions africaines émergent, alliant traitement innovant et digitalisation.
L’inclusion a également été au cœur des débats, avec des forums dédiés aux femmes et aux jeunes professionnels, rappelant que la bataille de l’eau se gagnera avec toutes les forces vives du continent. « Notre force réside dans notre capacité à avancer ensemble », a insisté François Olivier Gosso, directeur exécutif de l’Aaea, appelant à une synergie entre états, opérateurs privés et chercheurs.
Alors que les 500 délégués officiels ont regagné leurs pays respectifs, une certitude demeure : la dynamique de Yaoundé ne doit pas s’essoufler. Pour preuve de cette volonté de continuité, l’Aaea a déjà fixé le cap des prochaines échéances. C’est le Sénégal qui aura la lourde tâche de maintenir la pression en accueillant la 24ème édition en 2028, tandis que l’Afrique du Sud a été désignée pour 2030. D’ici là, le Dr Blaise Moussa, dont la présidence a été reconduite, reste en première ligne pour veiller à ce que les promesses du Cameroun ne finissent pas, comme trop souvent, dans les tiroirs poussiéreux des administrations. L’Afrique a soif d’actes, et l’horloge des Odd tourne inexorablement.
Charles Ebode
