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L'Editorial

Les coups francs de Paul Biya :

Les Camerounais s’attendaient à des sanctions proportionnelles à la honte et à l’humiliation subies pendant la coupe du Monde 2014. Le peuple réclamait des coupables.

Le public voulait qu’on lui offre sur un plateau d’argent la tête des « traitres ». Les supporters des Lions Indomptables, affamés, assoiffés et sevrés de victoires sur le terrain, étaient impatients de voir des têtes tomber sur le sol et du sang gicler sur les murs. Il n’y aura pas de sang. Du moins pour l’instant. Il n’y aura pas de boucs émissaires. Pour l’instant. Au « sang pour sang » réclamé par la vindicte populaire, Paul Biya, fidèle à lui-même, a choisi de régler les problèmes du football camerounais par des actes constructifs tournés vers l’avenir.L’opinion publique attendait un rapport administratif sanctionnant l’enquête prescrite par le chef de l’Etat après la débâcle des Lions Indomptables à la coupe du Monde brésilienne. Paul Biya, très proactif, a choisi de calmer le jeu et de remettre la balle au centre afin de donner un nouveau « kick-off » au football camerounais. Moins de trois mois après le fiasco brésilien, l’espoir d’une régénération et d’une refondation pointe effectivement à l’horizon. Au regard de l’enchaînement des événements, on admet avec le recul que Paul Biya a eu raison de temporiser.Les actes que Paul Biya vient de prendre interviennent dans un contexte plus que favorable pour permettre au football camerounais de retrouver les chemins de la victoire et de la performance.1. Sur le terrain des résultats, les Lions Indomptables ont renoué avec les victoires plus tôt qu’on ne le pensait. Dans le cadre des deux premières rencontres des éliminatoires de la Can 2015 au Maroc, les poulains de Volker Finke ont gagné avec la manière, se permettant le luxe de filer quatre buts aux redoutables Eléphants de Côte d’Ivoire. Les supporters des Lions ont savouré ce « kedjenou d’Eléphants ». Certes, si une hirondelle ne fait pas le printemps, deux victoires, fussent-elles éclatantes, ne sont pas synonymes de reconstruction. Mais, au moins elles constituent des indicateurs selon lesquels le malade est en voie de convalescence. Il faudra le confirmer dans quelques jours contre la Sierra-Leone.2. Le 20 septembre 2014 à Addis-Abeba, la Confédération africaine de football décidait de confier l’organisation de la coupe d’Afrique des Nations 2019 au Cameroun. Un tel événement était attendu depuis 1972 ! Il aura fallu au pays de Roger Milla, vainqueur à 4 reprises de l’épreuve, attendre près d’un demi-siècle pour accueillir sa deuxième Can sur son territoire. Une fois de plus, Paul Biya a eu raison de présenter et de soutenir cette candidature. Sans présager de l’issue sportive de l’événement, le Cameroun a tout à gagner en raison des opportunités offertes : infrastructures sportives, routières, hôtelières, hospitalières… Les retombées sur le plan socio-économique sont nombreuses. La balle est maintenant dans le camp des pouvoirs publics, des autorités, du secteur privé et de tous les Camerounais qui doivent démontrer leur capacité à relever un tel défi dans les délais prescrits.3. Alors que ce sentiment de douce euphorie provoqué par le regain de forme des Lions Indomptables et l’attribution de l’organisation de la Can 2019 ne s’était pas encore estompé, Paul Biya a choisi de tirer deux coups francs somptueux pour délivrer le football camerounais de ses maux. Premier coup franc : le décret présidentiel créant l’Académie nationale de football. Annoncée en 2010 par le président de la République lui-même, cette instance devrait aider à une meilleure conception et organisation de la pratique du football. Deuxième coup franc en plein lucarne : le décret signé le 26 septembre portant organisation et fonctionnement des sélections nationales de football. A travers cet acte, un cap supplémentaire vers la modernisation est franchi. Finis les cafouillages, la confusion et les actes d’anti-jeu dans la surface de réparation des Lions Indomptables.« La gestion administrative, sportive et technique des sélections nationales de football relève de la compétence de la Fécafoot » (art 3). Hors-jeu le ministère des Sports même si « la gestion financière des sélections nationales de football est assuré conjointement par l’Etat et la Fécafoot ». En clair, la Fécafoot dispose désormais des pleins pouvoirs pour l’encadrement des équipes nationales de football par le biais du Coordonnateur général chargé de la coordination administrative, sportive et technique ; lequel est nommé par le Président de la Fécafoot.Les autres dispositions renforcent la discipline, la transparence financière et le patriotisme dans le fonctionnement des équipes nationales de football. Il suffit de mettre tout cela en œuvre pour que le football camerounais retrouve ses lettres de noblesse. 

CMZ

Christophe MIEN ZOK

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