Quel gâchis!
L’équipe nationale de football du Cameroun ne participera pas à la phase finale de la coupe du monde de cette discipline qui sera conjointement organisée en 2026 par les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Les Lions Indomptables, huit fois qualifiés pour cette compétition par le passé, ont été éliminés par les Léopards de la République Démocratique du Congo lors des barrages regroupant les quatre meilleures deuxièmes de la phase éliminatoire. Cette défaite a constitué le point de chute d’une lente et longue dégringolade qui a vu les quintuples champions d’Afrique incapables de sortir premiers d’un groupe composé de la Libye, du Cap-Vert, de l’Angola, de l’Eswatini et de l’Ile Maurice, des pays davantage connus pour certains en raison de leurs charmes comme destinations touristiques exotiques que pour leurs exploits dans le domaine du football. Plusieurs causes sont à l’origine de cette élimination, synonyme de naufrage à tous les étages pour le football camerounais.
- les sempiternels conflits MINSEP-FECAFOOT: ce match de football d’un autre genre où tous les coups et les actes d’anti-jeu sont permis tient le public camerounais en haleine depuis des années. Il a atteint son paroxysme avec la désignation de l’entraîneur belge Marc BRYS. Entre le ministère et la fédération, on joue au chat et à la souris mais on ne se fait pas de cadeaux. Maintenant que la coupe du monde s’éloigne, la vache à lait financière est perdue pour tout le monde: adieu veau, vache, couvée, cochon! Plus de primes pour les joueurs, plus de frais de missions pour les agents publics, plus de recettes pour la fédération. Trop tard pour les uns et les autres pour verser des larmes de crocodiles. La sanction leur pendait au nez; ils n’ont tenu aucun compte des mises en garde; au contraire, tous ont multiplié les feintes pour marquer contre leur camp. Chacun doit maintenant récolter ce qu’il a semé.
- l’encadrement technique: après quelques résultats encourageants à son arrivée l’entraîneur belge et sa cohorte d’adjoints aux intérêts divergents ont vite montré leurs limites et ont tenté de masquer leurs insuffisances dans les querelles avec la structure faîtière en charge du football camerounais. Mal leur en a pris. Au lieu de se concentrer sur les stratégies de son équipe, le technicien belge a passé le clair de son temps à défier la fédération et à provoquer son président; lequel a été incapable de se maîtriser et a répondu du tac au tac, aux tacles par des tacles encore plus pervers, vicieux et pernicieux. Résultat: bataille d’egos, querelles de chiffonniers; une belle cacophonie, une foire d’empoigne peu propice aux résultats.
- Les joueurs: certains ont donné l’impression, voire plus, d’avoir pris fait et cause pour les différents camps en factions; les uns en faveur du MINSEP et de l’encadrement technique; les autres derrière la fédération. Sur le terrain, ils ont fait preuve d’un dilettantisme et d’un manque d’engagement criards. Une équipe sans âme, sans fond ni style de jeu. Quelles performances attendre d’une équipe où l’on joue à tirer à hue et à dia? Rien. Tant pis pour les joueurs qui sont les plus grands perdants de cet énorme gâchis. Une coupe du monde constitue le couronnement d’une carrière de footballeur. Combien de joueurs talentueux ont rangé leurs godasses sans jamais participer à une coupe monde? La crinière déjà basse après cette piteuse élimination de la coupe du monde, comment les Lions Indomptables aborderont-ils la prochaine coupe d’Afrique des Nations qui débute au Maroc dans quelques semaines? Même les plus fanatiques de leurs supporters y perdent leur latin. La CAN marocaine peut-elle être l’occasion d’un rebond ou d’une rédemption? Très peu probable au regard du niveau actuel de l’équipe.
- Le public, les supporters, les médias: divisés depuis des années entre « hiboux » c’est-à-dire les anti-président de la FECAFOOT et les « églisiens », autrement dit ses partisans, ils peuvent toujours continuer leur guéguerre, notamment autour des prochaines élections au sein de la fédération. Ils ont d’ailleurs du grain à moudre puisque le ministère des sports et la fédération n’ont pas décidé d’enterrer la hache de guerre, malgré les mauvais résultats sportifs. Le match continue et on cherche vainement un arbitre sur la pelouse. Dans les gradins, le public et les supporters n’ont pas cessé d’applaudir les acteurs sur le terrain, surtout les actes d’anti-jeu. Allez les Lions! Quel gâchis!

