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Grégoire Owona : « 4 543 788 enfants sont en situation de travail au Cameroun »

Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale évalue l’action du gouvernement et de ses partenaires en vue d’inverser cette tendance, à l’occasion de la célébration de la 128ème édition de la Journée internationale de lutte contre le travail des enfants.

L’Action : Monsieur le Ministre, la communauté internationale célèbre aujourd’hui la 128éme édition de la lutte contre le travail des enfants. Que vise cette célébration ?

Grégoire Owona : Le travail des enfants étant un fléau mondial, la communauté internationale y a consacré toute une journée (le 12 juin). Cette célébration, sous le thème : « Agissons en conséquence : mettons fin au travail des enfants ! », vise à marquer un temps d’arrêt dans l’optique de prendre conscience des efforts à fournir, au regard de l’évolution du travail des enfants et ses diverses formes, de procéder à un état des lieux des actions menées, de décliner les perspectives et de réaffirmer l’engagement à combattre ce phénomène pernicieux.

Le travail des enfants, tout le monde en parle. De quoi s’agit-il exactement ?

Le travail des enfants est appréhendé comme la participation des enfants ou des personnes n’ayant pas encore atteint l’âge requis (14 ans) à des activités à finalité économique s’apparentant à l’exercice d’une profession rémunérée par un adulte. Bien plus, il est aussi défini comme un travail qui prive les enfants de leur enfance, de leur potentiel, de leur éducation et de leur dignité tout en portant préjudice à leur développement physique et mental.

Au Cameroun, toutes les tâches exécutées par les enfants ne sont pas assimilables au « Travail des Enfants » tel que conçu et réprimé par la législation en vigueur. La participation des enfants ou des adolescents aux travaux qui n’affectent pas leur santé, ou n’interfèrent pas avec leur scolarité, est généralement considérée comme un facteur favorisant leur socialisation.

Quelles sont les tendances sur ce fléau mondialement reconnu ?

A ce sujet et selon les dernières estimations contenues dans le rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (Oit) et de l’Unicef de 2025, environ 138 millions d’enfants se retrouvent en situation de travail dans le monde. Concernant notre pays, le rapport national sur le travail des enfants réalisé sur la base des données issues de la cinquième enquête camerounaise auprès des ménages (Ecams) de 2022 par l’Institut national de la statistique (Ins), et publié en 2025, indique que du travail des enfants à abolir, il ressort des résultats que dans l’ensemble, 4 543 788 enfants, soit 47,9 % sont impliqués.

Des chiffres qui justifient l’ampleur du combat qui doit être mené face à la persistance de cette pratique illégale et avilissante, qui s’inscrit en marge de la législation nationale et des engagements internationaux pris par le Cameroun.

Au regard de ces données alarmantes, que fait le gouvernement pour tenter de sauver les meubles ?

Face à ce constat, le gouvernement, sur les très hautes prescriptions du président de la République, Son Excellence Paul Biya, s’est fermement engagé à éradiquer ce phénomène par une réponse volontariste et multisectorielle axée sur des stratégies d’actions concertées et appuyées par nos partenaires au développement. Nous avons procédé à la ratification de diverses normes internationales, comme les conventions de l’Oit relatives à l’âge minimum ; à l’élimination des pires formes de travail des enfants ; au travail forcé et à l’abolition du travail forcé. Dans ce sillage, le Code du travail et la loi relative à la lutte contre le trafic et la traite des personnes, sont venus renforcer cet arsenal juridique. Le Cameroun a adhéré à différents programmes de lutte contre le travail des enfants, à l’instar du Programme international pour l’abolition du travail des enfants (Ipec). Ce programme, lancé en 2005, a permis la mise en œuvre de deux projets, dont l’un a porté sur la lutte contre l’exploitation des enfants dans la cacao-culture, programme (Wacap), et l’autre sur la lutte contre le trafic des enfants à des fins d’exploitation de leur travail, programme (Lutrena). Ces programmes qui ont permis des avancées, ont surtout ouvert la voie à la sensibilisation des parties prenantes sur la lutte contre le travail des enfants.

 Le Cameroun met en œuvre depuis 2017, le Plan d’action national pour l’élimination des pires formes de travail des enfants au Cameroun (Panetec). Ce cadre de programmation a permis d’adopter une nouvelle liste des travaux dangereux interdits aux enfants. Ce plan, qui constitue un moyen d’action approprié dans l’atteinte de nos objectifs, traduit dans les faits une réponse multisectorielle pratique basée sur les six axes stratégiques notamment : la législation nationale et l’application de la loi ; l’éducation ; la protection sociale ; la politique du marché de l’emploi et la responsabilité sociale des entreprises ; les préoccupations politiques transversales ; la coordination de la gestion et du suivi du Panetec. Le gouvernement a mis en place un Comité national de lutte contre le travail des enfants pour une meilleure coordination des interventions et un développement des stratégies efficaces.

À la lecture du thème de cette 128ème édition « Agissons en conséquence : mettons fin au travail des enfants !», qui est réellement interpellé ici ? Au-delà du gouvernement, qui est votre cible ? Quels leviers seront activés au regard de la nécessité d’action commune que recommande ce thème ?

Effectivement, le travail des enfants étant un phénomène social, ce thème nous interpelle tous, car ces enfants sont pour la plupart exploités par le biais des adultes. Le gouvernement ne pouvant pas mener seul ce combat, s’appuie sur la participation de tous les acteurs. C’est d’ailleurs l’esprit du Comité national évoqué plus haut, qui regroupe en son sein les administrations sectorielles, les organisations d’employeurs et de travailleurs, la société civile et des organismes indépendants. Bien plus, il est à relever, l’implication remarquable des partenaires techniques à l’instar du Bit, l’Unicef, la Fao, et la Fondation Ici. Dans ce sillage, le Cameroun a adhéré à l’Initiative Alliance 8.7, plateforme internationale pour la lutte contre le travail des enfants, le travail force et l’esclavage moderne.  

Les leviers à actionner visent le renforcement de la collaboration pour des actions et stratégies concertées et efficaces. Un accent particulier devra être mis sur la sensibilisation accrue des communautés sur le phénomène et ses conséquences en vue d’une prise de conscience et du changement des mentalités pour briser certaines barrières culturelles et pratiques néfastes. L’intensification des visites d’inspection, pour ce qui est des unités de productions formelles, mais aussi l’implication des forces de maintien de l’ordre notamment en cette période de vacances scolaires où les enfants sont très abondamment mais hélas malheureusement très sollicités pour améliorer les revenus des ménages par des activités commerciales de toutes natures.

Le gouvernement recommande vivement aux populations d’utiliser les différentes lignes d’assistance (gratuites) mises en place pour dénoncer tout acte d’exploitation d’enfant observé en tout lieu. Il s’agit des numéros verts : 116 ; 1503 ; 1523.

Correspondance particulière

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