Le Cameroun est un pays de paradoxes et de contradictions. On dirait que certains de ses habitants en général et quelques responsables de la classe politique en particulier veulent à la fois une chose et son contraire. Il y a quelques années, une certaine opinion se réjouissait des mauvaises relations entre le Cameroun et les institutions financières internationales. Les malheurs et les difficultés économiques du pays faisaient alors le bonheur de cette catégorie de Camerounais qui n’hésitaient d’ailleurs pas à entreprendre des campagnes et des tournées internationales pour mieux discréditer et noirrissent l’image de leur pays.
Et puis, le vent a tourné. Les mêmes sont les premiers aujourd’hui à s’offusquer de l’embellie relative de la situation et de l’attractivité du Cameroun, notamment des facilités et capacités retrouvées d’endettement auprès des marchés et partenaires étrangers. Leur nouveau discours pointe désormais un doigt accusateur sur le fort taux d’endettement du pays avec des réalisations inutiles voire invisibles. Jamais contents… Pour ne pas dire carrément méchants.
Sur le terrain politique, la rengaine est identique. Les mêmes qui prétendent que le Cameroun fonctionne en mode pilotage automatique sont les premiers à tenir une comptabilité quotidienne du séjour de Paul BIYA hors du pays et à réclamer à cor et à cri son retour. Comment l’absence de « quelqu’un qui ne sert à rien » peut-elle devenir subitement un problème ?
En réalité, les Camerounais découvrent que même si le Président de la République continue de travailler et de suivre la bonne marche des grands dossiers du pays à partir de l’étranger, sa présence physique sur le territoire national est encore plus rassurante. Non seulement parce que la nature a horreur du vide, mais aussi et surtout parce que « le Lion parti, les brebis et les souris ont tendance à danser ».
Cette désagréable impression trotte dans l’air depuis un certain temps que d’aucuns commencent à trouver un peu trop long. Et la quête du pouvoir ne saurait expliquer ni justifier certaines dérives observées ici et là. Le pouvoir n’est pas vacant et le Lion n’est pas parti. Il est encore là. Jusqu’à preuve du contraire, Paul BIYA reste l’unique cocher de l’attelage et de la caravane Cameroun. C’est à lui et à lui seul que les Camerounais ont confié les rênes, le destin et la destinée de leur pays. « Les chèvres, les brebis et les souris » qui dansent déjà croyant que le Lion est « parti » le font à leurs risques et périls.
À l’heure du bilan et du jugement de l’histoire, il n’y aura pas de confusion possible : ils sont et resteront aux yeux de la grande majorité des Camerounais les mouches du coche. Rien de plus. Rien de moins. Oui, des mouches qui se contentent de bourdonner, celles-là dont Monsieur Jean de La Fontaine disait dans l’une de ses fables :
« Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
s’introduisent dans les affaires :
ils font partout les nécessaires,
Et partout importuns, devraient être chassés »
Que valent la sagesse et la morale d’une fable du 17ème siècle face aux ambitions boulimiques et gargantuesques de certains, aujourd’hui assoiffés de pouvoir ? Des fariboles, répondront-ils.
« Qui vivra verra », rétorquerait, en sage contemporain, un vieux Lion qui ne dort que d’un seul œil.

