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Tant qu’un enfant tombera sur le chemin de l’école…

Des millions de jeunes Camerounais de la maternelle, du primaire et du secondaire ont repris le chemin des classes lundi dernier. Le phénomène a beau présenter un caractère cyclique voire routinier, il n’en revêt pas moins une importance capitale et vitale dans un pays en construction qui compte une population majoritairement jeune. En effet, plus les années passent, plus les problèmes, les défis et les enjeux de l’école augmentent et se complexifient davantage. L’Etat, le gouvernement, les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les élus, les élites et la communauté éducative doivent par conséquent redoubler d’ardeur et de vigilance pour que la rentrée se déroule dans de bonnes conditions et au-delà, l’année scolaire.


À propos des défis, on aurait bien voulu parler des compétences et des ressources transférées aux communes et aux régions dans le cadre de la décentralisation. Ces collectivités territoriales sont-elles réellement préparées et outillées pour exercer avec efficacité ces compétences qui ressemblent parfois à des cadeaux empoisonnés ? Les départements ministériels concernés jouent-ils franc jeu ? S’agissant des enjeux, chaque rentrée donne lieu aux sempiternelles interrogations et inquiétudes sur les contenus des programmes, du primaire jusqu’à l’université. Faut-il continuer à dispenser à nos enfants des enseignements qui ont un faible impact et un rapport quasi inexistant avec les réalités locales et les besoins de la société ou de l’économie nationale ? Dans un pays où l’agriculture constitue l’un des principaux poumons de l’économie, comment comprendre la rareté des lycées agricoles ?


On peut multiplier ainsi les interrogations pour constater que la rentrée scolaire en particulier et l’éducation en général demeurent au centre des politiques publiques. Les indicateurs sont éloquents et témoignent de tous les efforts fournis sans cesse dans ce domaine aussi bien en termes budgétaires que pour la formation des enseignants, l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, l’augmentation de l’offre à travers la construction de nouvelles infrastructures partout où besoin se fait sentir dans le pays, etc.
Compte tenu des enjeux, la rentrée scolaire aurait donc pu et dû être un grand moment de dépassement, de rassemblement et de consensus pour toute la communauté nationale d’abord et éducative ensuite. Un de ces moments où tout le monde parle d’une seule voix et regarde dans la même direction pour l’intérêt supérieur de la jeunesse et de la Nation. Hélas, certains ne l’entendent pas de cette oreille. Ceux-là ont compris que la meilleure façon de détruire un pays, c’est de détruire son système éducatif. Boko Haram a commencé dans l’Extrême-nord. Il a fallu des années aux forces de défense et de sécurité pour maîtriser la situation. Pour autant, les tentacules de l’hydre ne sont pas définitivement coupées et la vigilance reste de mise. Dans le Nord-ouest et le Sud-ouest, les adeptes de la sécession ont également pris l’école comme principale cible de leur combat fou.
Dans leur fanatisme aveugle, ils ont décidé que les établissements scolaires devaient être attaqués ou incendiés ; les enseignants enlevés ou tués et les élèves kidnappés ou froidement assassinés. Boko Haram et sécessionnistes ambazoniens, même combat ! Quelle honte et quel déshonneur pour des pseudos-leaders qui, pour la plupart, ont bénéficié des infrastructures de l’Etat tout au long de leur scolarité et dont les enfants vont tranquillement à l’école dans leurs pays d’accueil ! La rentrée a été endeuillée lundi à Kumba à cause de la barbarie de ces pseudo-combattants. Tant qu’un enfant tombera sur le chemin de l’école du fait de ces terroristes, la Nation toute entière devra se lever pour condamner l’acte ignoble avec la dernière énergie. En cette rentrée scolaire 2023, de grâce, évitons que l’école soit l’otage des revendications et des batailles rétrogrades.

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