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L'Editorial

Comparaison n’est pas raison…

Plus d’un mois après le coup d’état qui a renversé le président Ali Bongo Ondimba du Gabon, les Camerounais continuent de suivre avec passion, émotion et attention l’actualité politique de ce pays voisin et frère. Ils semblent en avoir fait l’un de leurs feuilletons préférés dont les rebondissements de chaque épisode tiennent le public en haleine. Dans les bars, les chaumières, les quartiers et les bureaux, le sujet occupe et préoccupe. Les médias ne sont pas en reste qui en ont fait le thème principal de leurs débats. Tantôt de manière sibylline, tantôt avec une jubilation à peine dissimulée, les commentateurs, d’ici et d’ailleurs, prédisent au régime en place au Cameroun un sort similaire à celui du Gabon.
Comparaison n’est pas raison, leur rétorque le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement camerounais. Dans un communiqué publié la semaine dernière, il s’insurge contre « ces analyses spécieuses, ces spéculations fantaisistes et des conjectures donnant lieu à des extrapolations hâtives ». À l’intention de ceux qui l’auraient oublié, il rappelle que « le Cameroun est un État de droit, doté d’institutions démocratiques au sein desquelles sont clairement définis les mécanismes d’accession au pouvoir ». Et de conclure sur un ton péremptoire: « le gouvernement invite donc instamment les personnes concernées à se garder d’établir des parallèles insensés et saugrenus, et de faire des prédictions ubuesques sur le devenir du Cameroun, qui pourraient s’apparenter à des appels à la déstabilisation de l’Etat… »
Malgré cette mise en garde, il n’est pas certain que les auteurs de ces agissements arrêtent leur travail de sape. Inutile d’essayer de leur montrer, encore moins de leur prouver, que le Cameroun n’est pas le Gabon et qu’en dépit de quelques similitudes, les deux pays présentent de profondes différences en termes de gouvernance et de gestion du pouvoir. L’occasion est si belle pour l’opposition camerounaise et certains acteurs de la société civile d’obtenir par un coup d’état ou une insurrection populaire l’alternance tant rêvée! À chacun ses lubies, ses mirages et ses chimères!
Pour autant, sans tomber dans le piège de ces Cassandre et des prédictions apocalyptiques des prophètes du chaos, le parti au pouvoir doit rester vigilant. Comme toute maladie, on ne guérit pas les coups d’état avec des intentions et des incantations: on les prévient en faisant de la politique, la vraie, celle qui est au service de la vie, du développement et du progrès de la société. Il faut expliquer, urbi et orbi, qu’au Cameroun de Paul Biya, tout n’est peut-être pas rose mais tout n’est pas morose non plus. Est-ce suffisant pour empêcher un putsch? Certainement pas mais il ne faut pas avoir peur d’aller à la rencontre des populations, des citoyens, des militants et des sympathisants pour les informer, les former et leur expliquer le monde tel qu’il est et non tel qu’ils voudraient le voir. L’exercice est souvent périlleux mais il est incontournable car de cette confrontation, de ce dialogue permanent, jaillit la lumière, l’étincelle, le flambeau qui conduit les peuples vers des rivages prometteurs et porteurs d’un destin plus radieux.
Pour ceux qui se perdent en conjectures, tels sont le sens, l’essence et la quintessence des tournées du Secrétaire général dans les régions. Le calendrier est désormais connu jusqu’au début de novembre, peu avant la célébration du 41è anniversaire de l’accession du Président Paul Biya à la magistrature suprême du Cameroun. À très court terme, ces tournées régionales serviront donc également de galop d’essai à cet important rendez-vous. Que ceux et celles qui attendent et espèrent le coup d’état continuent d’attendre et d’espérer. Pendant ce temps, le Rdpc fait de la politique. Et c’est tout à son honneur.

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