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L'Editorial

Une pente rude et raide

Qu’est-ce qu’on aurait bien voulu commencer ce papier par cette exclamation: cinquante-et-un ans après le 20 mai 1972, date de la proclamation de l’Etat unitaire, l’unité du Cameroun est désormais une réalité concrète et palpable! Certes, le Cameroun a enregistré de réels progrès sur le chemin de son unité nationale mais il s’agit à la fois d’un éternel recommencement et d’une conquête permanente. En cette année 2023 caractérisée par la montée des discours de haine dans le champ social et où le 20 mai sera célébré quarante-huit heures après la fête de l’ascension, force est de constater que la pente qui conduit vers l’unité nationale est rude, raide et glissante. Sans tomber sous le coup du blasphème et tout en respectant le caractère laïque de l’Etat, l’ascension du « Mont de l’unité » ne se fera comme celle de Jésus Christ au ciel, par la seule volonté du Saint Esprit ou par un tour de passe-passe, si l’on en croit les saintes Écritures. Plus que la volonté, les Camerounais ont besoin d’une ascèse s’ils veulent y parvenir. Si l’unité est une mystique, alors ils doivent puiser au fond d’eux-mêmes, être capables de libérer leurs esprits en vue d’un perfectionnement moral et spirituel au détriment des instincts physiques, primaires et primitifs tels que l’appartenance ethnique et la suprématie tribale.
Pendant cinq décennies, beaucoup de Camerounais ont cru que l’unité nationale se ferait à coup d’incantations oratoires, d’imprécations discursives ou d’exhortations verbales. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, les pamphlets et les slogans ne suffisent pas. L’être humain a ses limites et n’a pas encore atteint le niveau du Créateur pour se permettre d’espérer et de croire que sa seule parole est prédictive, encore moins créatrice. En d’autres termes, l’unité ne sera pas une réalité à force de l’entonner comme un refrain, de la claironner en toutes circonstances et de se bercer d’illusions alors que dans nos actes quotidiens, nous la malmenons et la foulons aux pieds. Pour avoir oublié que sa quête s’apparente au mythe de Sisyphe, nous avons eu droit à la douloureuse et tragique crise qui sévit dans les deux Régions anglophones depuis six longues années. Pour avoir dormi sur nos lauriers entre deux célébrations des victoires des Lions indomptables du football, les démons de la haine qui hantent les réseaux sociaux sont sortis de leurs boîtes maléfiques.
Comme l’amour, l’unité a besoin de preuves matérielles, de faits concrets et d’actes palpables. Chacun doit s’investir dans l’atteinte de cet objectif, les institutions comme les communautés, les hauts responsables comme les citoyens ordinaires. Le 20 mai prochain, les Camerounais vont entreprendre comme chaque année l’ascension qui mène vers le sommet de leur unité. Le chemin sera toujours escarpé et ils y tendront à la manière d’une asymptote vers sa limite infinie. L’erreur à ne pas commettre est de croire que cette quête est limitée à la seule période circonscrite avant, pendant et après le 20 mai. Elle est permanente et de longue haleine. Les Camerounais doivent se considérer par conséquent comme des pèlerins qui recherchent obstinément et inlassablement l’unité et la paix, seuls gages de leur développement.

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